10 trucs à connaître sur le théâtre grec

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Posté le 03 septembre 2015

Nous avons tous croisé les œuvres du théâtre grec à l’école, ouvert un exemplaire des Perses d’Eschyle ou de l’Électre d’Euripide. Et pour les plus chanceux, d’une pièce comique d’Aristophane. Mais que savez-vous exactement de cet art antique qui n’était pas en toc ?

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Le théâtre dans le monde hellénistique

Ce n’est pas un hasard si, dans la moindre petite cité grecque, se trouve un édifice théâtral : l’art de la déclamation a occupé une place majeure dans le monde hellénistique, à l’époque où la civilisation grecque dominait la Méditerranée.

Le théâtre grec est protéiforme : d’abord un lieu de distractions et de plaisirs où s’opère la catharsis (la purgation des passions), il est également un espace où l’on enseigne les langues et la philosophie, où les hommes politiques viennent s’entraîner à l’art de la rhétorique en déclamant en public des compositions dramatiques qu’ils ont écrites.

L’amphithéâtre est donc un lieu de rassemblement, où les citoyens viennent assister à des représentations, des concours et des jeux, et parfois simplement discuter ou débattre.

Naissance de la tragédie

Avant la tragédie, les Grecs chantaient des dithyrambes – des hymnes à la gloire de Dionysos qui consistent en un dialogue entre le chef du chœur et le chœur entier. Il est possible que la tradition grecque s’inspire d’une tradition antérieure, car Dionysos était un dieu aux origines orientales.

Les théâtres chinois et indien, notamment, sont soupçonnés de puiser leurs origines dans des temps immémoriaux, plus de 2 000 ans avant Jésus-Christ. Chère à Nietzsche, la naissance de la tragédie résulterait ainsi d’une conception multiple et très ancienne.

L’invention de la tragédie grecque, donc de l’art dramatique, est attribuée à Thespis, au VIe siècle avant J-C. Selon les historiens, Thespis aurait, le premier, introduit sur la scène un personnage indépendant du chœur à l’occasion d’un dithyrambe plus original que les autres. Et ce personnage n’aurait été joué par personne d’autre que… lui-même.

Les Grandes Dionysies

Thespis participait aux festivités en l’honneur de Dionysos qui se tenaient à Athènes à partir de 545 av. J-C, les « Grandes Dionysies ». L’État athénien était à l’initiative de ces concours qu’il gère de bout en bout : en choisissant les participants, en finançant les spectacles, en désignant chorège (le « manager » du chœur) et choreutes (les membres du chœur), et en désignant le poète vainqueur.

Les festivités duraient sept jours :

  • 2 jours réservés aux processions en l’honneur de Dionysos
  • 1 jour consacré au dithyrambe
  • 1 jour dédié à la comédie
  • 3 jours pour la tragédie

Les « Grandes Dionysies » ont contribué à développer les genres dramatiques du théâtre grec et à renforcer leur réputation dans toute la Méditerranée.

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La règle des trois unités

Boileau résumait ainsi les contraintes du théâtre grec : « Qu’en un lieu, en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ».

La dramaturgie grecque répond en effet à une stricte règle comprenant trois unités : de temps, de lieu et d’action. L’événement relaté ne doit pas dépasser une journée, ce qu’Aristote qualifie dans sa Poétique de « révolution de soleil » (entre 12 et 30 heures). Dans l’idéal, le temps de l’action correspond au temps de la représentation : on dirait aujourd’hui du « temps réel ».

L’action doit se dérouler dans un même lieu (décor de palais, intérieur bourgeois), possiblement une même ville à l’époque grecque – ce sont les auteurs ultérieurs qui ont rendu la règle plus stricte encore. Et enfin, tous les événements doivent être liés entre eux pour développer une unique action. On ne peut pas retirer une ligne de la tragédie grecque, au risque de lui faire perdre sa cohérence.

Déroulement d’une représentation

De la même façon, la représentation répond à des règles strictes que les dramaturges doivent respecter. La tragédie débute par un prologue dans lequel un acteur (ou plusieurs) expose la situation. Ce qui s’est déroulé avant la pièce revêt souvent une importance déterminante pour en saisir les enjeux.

Puis le chœur entre en scène pour la parodos. Les événements eux-mêmes sont relatés par une succession de dialogues entre acteurs (les épisodes) et de parties chorales chantées (les stasima). Dans la dernière partie, l’exodos, le chœur quitte le théâtre.

Le spectacle ne doit pas choquer le spectateur, en sorte que les scènes violentes ou intimes ne sont pas représentées sur la scène (pas question de montrer Œdipe se crevant les yeux). Batailles et morts se déroulent hors-scène et sont rapportées par les acteurs ou le chœur sous forme de récits.

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La tragédie

La forme la plus connue du théâtre grecque a été théorisée par Aristote dans sa Poétique au IVe siècle av. J-C. L’art de la tragédie connaît son apogée au Ve siècle, et sur les 1 000 pièces qui furent écrites, seules 32 nous sont parvenues, composées par les trois plus grands noms du théâtre antique : Eschyle, Sophocle et Euripide.

Considéré comme le père de la tragédie grecque, Eschyle aurait eu, le premier, l’idée d’introduire un second acteur pour instaurer un dialogue entre deux personnages, en plus du chœur. En s’appuyant sur des décors et des costumes, il aurait ainsi posé les fondations du genre tel que nous le connaissons.

Les drames sont le plus souvent issus de la mythologie antique à partir desquels les poètes prennent des libertés. Le mythe d’Œdipe, par exemple, est traité par Sophocle sous la forme d’une enquête – qui est coupable de la peste qui s’abat sur Thèbes ? Les épisodes de la guerre de Troie servent de base à nombre de tragédies, comme le sacrifice d’Iphigénie par son père Agamemnon.

C’est Aristote qui a défini la structure de la tragédie : des personnages illustres qui vivent combats et passions, des drames extraordinaires qui valent pour toute la communauté, et une fin funeste comme inévitable sanction des erreurs du héros. Le spectateur éprouve ainsi pitié et terreur dans le but de purger ses propres passions (la catharsis).

La comédie

Née lors des « Grandes Dionysies », la comédie serait issue des jeux comiques improvisés lors des processions en l’honneur de Dionysos – qui, dans le panthéon grec, n’est jamais le dernier à aimer la galéjade. La comédie cherche avant tout à provoquer le rire et use, pour ce faire, de tous les artifices : elle peut être volontiers vulgaire ou graveleuse.

Mais comme toute production humoristique, elle peut dissimuler un prudent regard politique. Le plus grand auteur de comédies qui nous soit connu, Aristophane, mêlait à la dérision une critique tout en nuances de la politique militaire de l’Athènes de son temps – par exemple dans Lysistrata, une pièce où les femmes de la ville décident de faire la grève du sexe jusqu’à la fin des hostilités.

Avec La Paix, rédigée en pleine guerre du Péloponnèse après la mort de Cléon, partisan du conflit avec Sparte, Aristophane tentait de convaincre la population d’Athènes, par le rire, que la paix apporte plus de bienfaits que les armes.

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Les masques

Dotés d’un sourire ou d’une face triste, les masques antiques sont restés célèbres. Le masque était un accessoire destiné à aider l’acteur à exprimer la physionomie du rôle. Le masque scénique couvrait le visage ainsi que le dessus de la tête, présentait des traits accentués, et pouvait être agrémenté d’une barbe, de cheveux et même d’ornements de coiffure.

Contemporain de Thespis, le poète Hœrile serait à l’origine de l’usage des masques dans le théâtre grec. Mais Horace en prête l’invention à Eschyle, qui pour le moins aurait introduit les masques hideux dans ses Euménides. En somme, comme le souligne Aristote, nous ne sommes sûrs de rien.

Il en existait quatre sortes :

  • Les masques tragiques
  • Les masques comiques
  • Les masques du drame satyrique, représentant des monstres (satyres, faunes, cyclopes, etc.)
  • Les masques des danseurs

Les lieux du théâtre grec

La construction des théâtres grecs s’est échelonnée entre le Ve et le IIIe siècle av. J-C. Ils sont disséminés dans toute la Grèce continentale et insulaire, et jusqu’en Italie du Sud et en Sicile à l’Ouest, et en Asie Mineure à l’Est.

Le théâtre grec était organisé de la façon suivante : circulaire (en forme d’amphithéâtre), garni de nombreux gradins, avec un centre un thymélé (autel à Dionysos) entouré d’une orchestra, et derrière la skéné devant laquelle jouaient les acteurs.

Certaines de ces constructions existent encore aujourd’hui, dans un plus ou moins bon état (on s’en doute), et peuvent être visitées, ainsi qu’on peut le constater sur cette page.

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Le théâtre grec dans la culture contemporaine

Si le théâtre grec n’est plus depuis très longtemps, la forme de la tragédie, elle, a survécu et franchi les siècles. Des dramaturges français du XVIIe siècle (Boileau, Racine) en ont repris et appliqué strictement les règles. Et le théâtre contemporain ne cesse de rejouer les grandes œuvres de la tragédie grecque sous des formes diverses et variées.

Le cinéma, art du XXe siècle, s’est emparé de la mythologie antique pour en raconter une nouvelle fois les histoires sous la forme du divertissement : aux États-Unis (Hélène de Troie de Robert Wise, Jason et les Argonautes de Don Chaffey) comme en France (Orphée de Jean Cocteau). Les exemples en sont nombreux.

Mais c’est sans conteste l’Italie, sans doute inspirée par son passé romain, qui a le plus adapté le récit tragique grec sur grand écran. On doit à Pier Paolo Pasolini de deux films admirables, Œdipe Roi et Médée, qui puisent directement dans les écrits de Sophocle et d’Euripide la matière même du tragique.

Si la forme du théâtre grec a traversé les âges, c’est surtout parce que le concept de catharsis est toujours valable dans les arts : c’est pour se purger de ses passions que l’on regarde un film ou que l’on écoute une composition musicale. Il a beau être éteint depuis des lustres, le théâtre antique a donc encore de beaux jours devant lui.

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La rédaction

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