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Sade - Marquis de l'ombre, prince des Lumières - L'éventail des libertinages du XVIe au XXe siècle

Du 26 septembre 2014 au 18 janvier 2015
Institut des Lettres et Manuscrits - Paris

Le mot de Gérard Lhéritier

Je suis libertin, je l’avoue ; j’ai conçu tout ce qu’on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n’ai sûrement pas fait tout ce que j’ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, pas un criminel ni un meurtrier. » Donatien Alphonse François de Sade

Le rouleau de Sade, l’incroyable épopée d’un manuscrit
Alors que l’on célèbre cette année le bicentenaire de la mort du Marquis de Sade (1740-1814), l’Institut des Lettres et Manuscrits expose pour la première fois en France l’une des oeuvres les plus décriées de la littérature française : le rouleau autographe des 120 journées de Sodome ou l’École du libertinage. Écrit en 1785 par le Marquis de Sade sur un rouleau de papier mince, alors qu’il était emprisonné à la Bastille, ce manuscrit lui survécut et fut retrouvé lors de la prise de la forteresse. Son sauvetage et son histoire sont dignes d’un romanfeuilleton, animé par 30 ans d'exil et de querelles juridiques. Après en avoir fait l’acquisition au printemps dernier, le groupe Aristophil dont je suis le président, a décidé de révéler au public dans le cadre d’une exposition consacrée au divin marquis et aux différentes formes de libertinages du XVIe au XXe siècle. Donatien de Sade était « un esprit libre dans un corps enfermé ». L’enfermement (Sade passa près de vingt-huit ans de sa vie en prison) fut en effet le moteur de son écriture et c’est en fait la prison qui a fait de lui un écrivain. Tous les romans de Sade sont donc les œuvres d’un homme emprisonné, et Les 120 journées de Sodome n’échappent pas à la règle. L’obsession des geôliers de Sade et de leurs commanditaires qui maintenaient le gentilhomme en prison, était de mettre la main sur ses manuscrits afin de tuer la subversion à la racine. C’est la raison pour laquelle craignant que son texte ne soit saisi, l’écrivain décida de le transférer sur un support plus facile à dérober aux fouilles de ses gardiens. Chaque soir, pendant trente-cinq jours, entre 19h et 22h, entre le 22 octobre et le 28 novembre 1785, il recopia ses brouillons sur 35 lés de papier de 11 centimètres de large, certainement fournis par son épouse. Il assembla ces feuillets en les collant bout à bout jusqu’au point d’assembler un rouleau de 12 mètres de long, et il continua son récit en recouvrant le verso du manuscrit d’une écriture fine et difficilement lisible, sans aucune rature. Le rouleau, à la manière des codex de Léonard de Vinci, fut dissimulé, protégé par un étui de cuir, glissé entre deux pierres de la cellule de l’écrivain. Lors de la prise de la Bastille en 1789, le manuscrit fut sauvé sans que son auteur le sache. Ce dernier pleura selon sa propre expression « des larmes de sang », croyant que le rouleau manuscrit contenant son chef-d’œuvre, avait à tout jamais disparu.
La suite de l’histoire rocambolesque de ce manuscrit, promis à vivre caché et toujours objet de scandale, vous la découvrirez dans l’exposition et le livre-catalogue qui l’accompagne.
Signalons toutefois que le texte du rouleau fut publié pour la première fois en 1904, grâce à un sexologue berlinois qui avait fait l’acquisition de cet objet mythique dans un but scientifique comme il le déclara lui-même dans l’avant-propos de cette toute première édition : « Ce manuscrit doit être considéré comme l’ouvrage principal du Marquis de Sade, dans lequel il a réuni toutes ses observations et ses idées sur la vie sexuelle de l’homme, ainsi que sur la nature et les variétés des perversions sexuelles. Il est composé d’après un plan systématique, en vue d’un groupement scientifique des exemples cités. […] C’est là que je voudrais voir la grande importance scientifique de l’ouvrage pour les médecins, juristes, anthropologues, et pour tous ceux qui peuvent avoir à s’occuper de cette question au point de vue scientifique. »
Le rouleau de Sade, véritable trésor national, est donc aujourd’hui revenu en France, non loin de l’endroit où il avait été écrit, il y a un peu plus de deux siècles, bouclant ainsi un cycle fascinant de l’histoire d’un homme singulier et d’un texte d’exception, l’un et l’autre uniques dans l’histoire de la littérature. Sade a justifié cette double spécificité en confiant un jour : « Ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres… ».

Gérard Lhéritier
Président du Musée des Lettres et Manuscrits
Président d'Aristophil

Les mots des commissaires d'exposition
Pascal Fulacher et Jean-Pierre Guéno

Sade et l’éventail des libertinages
Donatien Alphonse François de Sade fut doublement un homme de lettres : formidable romancier, formidable épistolier, mais aussi et surtout victime de ces lettres très particulières qu’étaient les lettres de cachet souvent commanditées auprès des monarques ou de leurs ministres par les familles de ceux qui voulaient soustraire au monde leurs progénitures devenues gênantes. Plus encore que le marquis de l’ombre, plus encore que ses frasques et ses fantasmes de débauché, c’est le prince des lumières qui n’a jamais cessé de gêner à la fois sa famille qui le persécuta continuellement, sa caste sociale, et les grands de son temps, au point que tous firent de ce trublion une sorte de masque de fer de la littérature qui passa plus de la moitié de sa vie adulte en prison, avant d’y mourir. En dehors du fait qu’il a été condamné à la réclusion à perpétuité en 1768, puis deux fois à la peine capitale en 1772 et en 1794, Sade a passé près de vingt-huit ans en prison, entre 1763 et 1814, entre l’âge de 23 ans et celui de sa mort à 74 ans, et ceci sous trois régimes différents : la Monarchie, la République et l’Empire. Du donjon de Vincennes à l’asile de fous de Charenton, malgré les moyens matériels qu’il avait d’améliorer son ordinaire, il aura vécu le plus souvent dans « d’exécrables taudis », dans une bonne dizaine de geôles parmi lesquelles celles du château de Saumur, de la citadelle de Pierre-Encise à Lyon, de la prison de For-l’Évêque à Paris, du fort de Miolans en Savoie, de la forteresse de la Bastille, de la prison de Sainte-Pélagie et de la prison de Bicêtre à Paris sans oublier les geôles de la Révolution.
Pendant les soixante-quatorze ans et six mois de sa vie comme depuis les deux siècles qui nous séparent de sa mort, il peut sembler aujourd’hui paradoxal qu’on ait tant diabolisé le Marquis de Sade, et qu’on ait si longtemps mélangé l’homme et l’œuvre, jusqu’au point de confondre l’homme et le romancier avec les personnages criminels de ses fictions.
Certes il fut un libertin qui se livra à des pratiques sexuelles licencieuses et dissolues, mais celui qui donne aujourd’hui sa définition au mot « Sadisme », « recherche de plaisir dans la souffrance physique ou morale volontairement infligée à autrui », n’aurait été qu’un débauché de plus parmi les grands aristocrates de son temps, s’il n’avait pas été avant tout l’oeil d’une sorte de conscience qui réussit à exprimer bien plus que le mal de vivre, le « mal du siècle » défini par Musset au XIXe siècle : à travers ses frasques et ses provocations, puis à travers ses écrits politiques, comme à travers ses écrits philosophiques, ses lettres et ses romans, mais aussi par l’exemple, ou par le contre-exemple de sa vie, Sade ne cessa-t-il pas d’exprimer le mal qui dévore les hommes, essentiellement entre la Renaissance et les temps modernes, c’est-à-dire pendant la seconde moitié du second millénaire ?
Depuis quatre siècles, ceux qui se disent libertins ou libertines sont-ils des épicuriens, des délinquants ou des hyperconscients ? Des bons vivants, des criminels ou des maudits existentiels ? Du Marquis de Sade à Dominique Aury (allias Pauline Réage), l’auteure d’Histoire d’O, en passant par Théophile de Viau, Crébillon, Choderlos de Laclos et ses Liaisons dangereuses, Mirabeau, Casanova, le chevalier d’Eon, Musset, Maupassant, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Pierre Louÿs, Joë Bousquet, les grandes figures de la littérature, de la poésie et de la pensée n’ont pas cessé de célébrer les noces cannibales du vice et de la vertu. Du vice qui se nourrit de la vertu lorsqu’il la transgresse, lorsqu’il la déflore. De la vertu qui se nourrit du vice lorsqu’elle le dénonce, lorsqu’elle le diabolise.
Aux confins du fantasme, de la révolution, de la transgression, de l’émancipation et du suicide moral, entre les réalités du purgatoire, les délices fantasmés ou redoutés de l’enfer et la nostalgie mythique du paradis perdu, entre le cynisme, le pragmatisme et l’espoir, entre l’épicurisme et la cruauté, entre la lumière et la barbarie, entre l’obsession de Dieu et son reniement, les travaux pratiques qui décorent l’éventail des libertinages ne dessinent-ils pas toute la tragédie de la condition humaine et ne rapprochent-ils pas à ce titre tous les grands séismes intellectuels du XIXe et du XXe siècle : du romantisme à l’existentialisme en passant par le surréalisme ?

Le parcours de l’exposition
Bien avant de devenir un mouvement d’émancipation des moeurs, le libertinage est un mouvement de libération des esprits terriblement subversif puisqu’il remet en question l’existence de Dieu, la légitimité des rois de droit divin et tous les dogmes de la religion, de la morale et du pouvoir absolu. L’exposition déploie d’emblée « L’éventail des libertinages », conduisant le visiteur du « libertinage d’esprit au libertinage des mœurs » à travers un ensemble de textes subversifs parmi lesquels le Decameron de Boccace, les Pensées de Pascal, le Dom Juan de Molière, les Contes et nouvelles de La Fontaine, Les Lettres persanes de Montesquieu, La Nouvelle Héloïse de J.-J. Rousseau. Le libertinage au temps de Sade est également abordé à travers des lettres et oeuvres de Crébillon, Casanova, le Chevalier d’Eon, Restif de la Bretonne, Choderlos de Laclos, Mirabeau… Puis, une place toute particulière est consacrée au Marquis de Sade et à son oeuvre majeure, Les 120 journées de Sodome ou l’École du libertinage : le rouleau autographe sur lequel a été rédigé ce roman qui continue à faire scandale, est exposé pour la première fois en France. Plusieurs lettres de Sade, à sa femme, à sa belle-mère, à son avocat, à une actrice… sont en outre présentées autour du rouleau, et permettront de mieux cerner ce personnage si énigmatique et tant controversé. Les deux dernières parties de l’exposition mettent en lumière la réhabilitation du Marquis de Sade et de son œuvre, ainsi que l’évolution du libertinage au XIXe et au XXe siècles, du romantisme au surréalisme en passant par l’existentialisme. Plus de 120 pièces exceptionnelles, lettres et manuscrits autographes, éditions originales et livres illustrés rares et précieux, dessins, photographies… jalonnent l’exposition Sade : Marquis de l’ombre, prince des Lumières - L’éventail des libertinages du XVIe au XXe siècle.

La scénographie de l’exposition
Frédéric Beauclair, Architecte Scénographe
L’exposition « Sade, Marquis de l’ombre, prince des Lumières » est une exposition particulière, qui a la volonté de traiter d’un sujet délicat et risqué, sans tomber dans le piège de la grivoiserie. La scénographie se doit, elle aussi, d’essayer de réussir ce difficile défi. La pièce majeure de l’exposition étant, bien entendu, le fameux rouleau des « 120 journées de Sodome », j’ai donc pris comme parti de déployer dans l’espace des quatre salles de l’exposition, un grand ruban, rouge et lumineux, formé de deux toiles qui ondulent parallèlement. Ce ruban disposé verticalement, fait la liaison entre un sol recouvert de moquette sombre et le plafond de couleur claire. L’éclairage est disposé au sol entre les deux toiles, ce qui crée une lumière très particulière, comme surgissant de l’ombre. Sur le ruban sont imprimés des textes pédagogiques, des images d’accompagnements et d’une façon omniprésente les fines et étroites lignes d’écriture, de la main de Sade. Un effet de miroir placé en face à face, donne l’illusion d’un ruban continu à l’infini. Tout au long de cette circulation ondulante, sont disposées sur des plateformes, des vitrines plates et allongées où sont présentés les livres illustrant le discours de l’exposition d’une manière chronologique.
Le passage d’une époque ou d’une salle à l’autre, se fait par le frôlement ou la traversée d’une image d’archive, imprimée sur un voilage. Ceci symbolise l’avancée progressive vers la liberté de l’esprit et du corps, surgissant de l’ombre et se dirigeant pas à pas vers la lumière.