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Dossier de presse

Landru - 6h10 - Temps clair (Les pièces du dossier)

Musée des Lettres et Manuscrits
23 mai - 15 septembre 2013

En un siècle, l'un des premiers tueurs en série français identifiés, Henri Désiré Landru, n’a rien perdu de sa notoriété et de son pouvoir de fascination. Ses onze victimes, les multiples identités endossées au fil d’une vie d’escroc puis de meurtrier, un mode opératoire jamais totalement élucidé, l’absence de corps, le refus obstiné de tout aveu, la personnalité enfin de cet homme magnétique, intelligent, éloquent, énigmatique et méticuleux condamné pour avoir tué, découpé et brûlé onze victimes abusées par ses promesses de mariage ont contribué à ancrer solidement dans la mémoire collective ce qui constitue sans doute le fait divers le plus célèbre du XXe siècle. Si chacun pourtant connaît au moins dans ses grandes lignes l’histoire de Landru, un axe essentiel est totalement méconnu : l’enquête elle-même, la traque obstinée de l’inspecteur Jules Belin et de son équipe des brigades mobiles, l’examen mental du meurtrier, les notes de son bourreau, Anatole Deibler, autant d’éléments inédits qui renouvellent la grille de lecture de cette étonnante histoire. L’exposition du Musée des Lettres et Manuscrits, dont le titre « Landru - 6h10 - Temps clair » se réfère précisément à l’heure d’exécution notée par Anatole Deibler dans ses carnets, s’attache, à travers les pièces du dossier d’instruction de cette affaire emblématique, à retracer le processus qui aboutira à l’arrestation de l’un des plus grands criminels du XXe siècle.

Le mot de Gérard Lhéritier
Président du Musée des Lettres et Manuscrits - Président de la société Aristophil
C’est à une véritable plongée dans le travail d’enquête qui a mené à l’arrestation puis à l’exécution de l'un des plus terribles criminels que vous convie le Musée des Lettres et Manuscrits à travers l’exposition « Landru - 6h10 - Temps clair ». Cet hommage rendu à l’obstination de l’inspecteur Belin de la première brigade mobile de la police judiciaire, qui a permis à l’homme et ses adjoints d’arrêter en avril 1919 Lucien Guillet, alias Henri Désiré Landru, est proposé au public grâce à l’exposition inédite du dossier d’instruction, des pièces du procès, des coupures de presse de l’époque. Il nous est ainsi donné de participer véritablement à la progression de l’enquête, aux tâtonnements des policiers, aux hasards également sans lesquels l’enquête n’aurait sans doute pas abouti, au désordre de cette France de la Grande Guerre dont le petit escroc qu’était Landru a profité avant de devenir l’assassin que l’on sait. De précieux documents tels que l’examen mental de Landru sont également présentés, ainsi que les photos de toutes les malheureuses victimes du séducteur assassin. De l’acte de naissance d’Henri Désiré Landru au carnet d’exécution de son bourreau Anatole Deibler, c’est toute la vie du grand criminel qui est ici présentée, et ses mystères.

L'enquête Landru
Estelle Gaudry, commissaire de l’exposition et scénographe

Les documents d’archive exposés au Musée des Lettres et Manuscrits dévoilent le tâtonnement des policiers devant le cas Landru et leur travail de recoupement pour prouver que l’homme à la logique déroutante a bien tué, malgré l’absence de preuves matérielles. Ils démontrent aussi comment cet homme intrigant profita du contexte politique et social de son temps ; comment, pendant des années, grâce à un système bien rôdé, il ne fut jamais inquiété et enfin comment il put jouir d’une si longue impunité. Reste - et le constat est difficile à faire - que cet homme, petit escroc sans grande envergure, est devenu une figure emblématique du crime à une époque où les massacres de la Première Guerre mondiale avaient mis à mal les valeurs de notre société. Cette exposition construite à partir des éléments d'archives inédits propose une immersion au cœur d’une des plus incroyables affaires du XXe siècle. Affaire lugubre d’un petit homme sombre sur lequel le couperet d’Anatole Deibler, son bourreau, est tombé le 25 février 1922, à « 6h10, par temps clair ».

Éric Yung, commissaire scientifique de l’exposition
Il est toujours étonnant de remarquer que les contraires ne le sont pas tant que ça. Ici, Landru et Deibler : l’assassin et son bourreau. Ces deux hommes, par la nature sociale de leur position, sont en principe et a priori à l’opposé l’un de l’autre. Eh bien non, au contraire ! Ils partagent bien des points communs, ont, ensemble, quelques affinités. (…) Ainsi, Anatole Deibler avait le souci de ne pas se faire remarquer, un comportement général qui sera « son credo pendant 40 ans » selon l’un de ses biographes Landru, bien sûr, souhaitait la même chose. Mais l’un et l’autre, malgré leur volonté de rester dans l’anonymat, ont été des hommes (pour des raisons bien différentes) adulés par une opinion publique toujours en quête d’émotions fortes et souvent sensible au charisme de personnalités marginales. Landru et Deibler ne sont pas devenus célèbres de par leur volonté. C’est peut-être surprenant ou en tous cas hors des logiques qui constituent une morale communément acceptée mais - comment le nier ? - c’est la nation française tout entière avec ses petites gens, ses bourgeois, ses nantis, ses artistes et ses intellectuels, avec ses policiers et ses magistrats aussi, enfin c’est le peuple qui a fait de ces deux hommes des vedettes, de véritables « stars » de l’histoire criminelle. C’est lui qui les a, à jamais, installés dans la mémoire collective.