
L’histoire de la collection unique exposée à l’automne au Musée des lettres et manuscrits commence avec la famille de Flers, qui a rassemblé, durant six générations, pas moins de 7 000 lettres et documents autographes émanant des quelque 700 Immortels ayant siégé à l’Académie française. Depuis la fondation de la vénérable institution en 1635, sous les auspices du Cardinal de Richelieu, jusqu’au 20e siècle et l’arrivée en 1980 de Marguerite Yourcenar, ils sont pour ainsi dire tous rassemblés dans cette exceptionnelle collection, commencée en 1824 mais connue à ce jour des seuls initiés et désormais conservée par le Musée des lettres et manuscrits.
Outre la découverte, toujours émouvante, de l’écriture de nos grands auteurs, l’occasion est unique de dresser une chronique vivante de l’Académie française, d’en présenter le fonctionnement, les travaux quotidiens, le protocole, d’en faire revivre les débats et querelles souvent vifs et passionnés à travers les siècles. Large spectre que celui de ces échanges, parlant tour à tour de finances, d’écriture, de désillusion amoureuse, de tactiques d’élection, de sciences ou de politique. Une place de choix est également réservée au fameux fauteuil 41, celui des refusés, où prennent place des écrivains aussi majeurs que Zola, Balzac, Jammes, mais aussi Constant, Molière et bien d’autres.
Un ouvrage coédité avec Gallimard établit, sous la direction de Thierry Bodin et Philippe de Flers, la chronique vivante de la Compagnie, dans ses travaux quotidiens, son protocole, ses traditions, comme au travers des crises et querelles qui ont marqué son existence. La préface est de Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, et les contributions d’Elisabeth Badinter, Christophe Barbier, Elvire de Brissac, Gabriel de Broglie, Hélène Carrère d’Encausse, Alain Decaux, Florence Delay, Michel Déon, Jean Dutourd, Jean-Paul Goujon, Jean M. Goulemot, Hubert Heilbronn, Olivier de Luppé, Stéphane Martin, Pierre Nora, René de Obaldia, Jean d’Ormesson, Yves Pouliquen, Pierre-Jean Rémy, Pierre Rosenberg, Florence Delay et Jean-Claude Yon.
Le mot du commissaire d'exposition.
L’exposition d’automne du Musée des lettres et manuscrits permet la découverte des écrits autographes de nos plus grands auteurs : une occasion unique de retracer la fondation de l’Académie française, d’en présenter le fonctionnement, les missions, et de faire revivre les débats animés de cette institution qui fut, à travers les siècles, source de virulentes attaques et de dévouements sincères. Au fil des lettres exposées, on pourra découvrir l'histoire de l’Académie à travers des documents originaux de ses membres illustres et moins connus.
Le siècle de Louis XIV est représenté par un document original entièrement de la main de Pierre Corneille et des lettres signées de La Fontaine, Racine, La Bruyère et Paul Pellisson qui fut le premier historien de l’Académie.
Le siècle des Lumières est illustré par des pièces de Voltaire, du Cardinal de Rohan, de Marmontel, du comte de Buffon, ou le manuscrit autographe de Jean Le Rond d’Alembert au sujet de la réception solennelle de Voltaire à l’Académie.
La Révolution elle-même, qui s’est acharnée à effacer toute trace de l’Ancien Régime, n’est pas venue à bout de ce monument. Témoins de cet épisode historique, la lettre autographe signée de Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort, et le poème de Le Brun « Epigramme sur la destruction de lʼAcadémie ».
Séduire la « Vieille Dame » du quai Conti, telle est l’ambition du prétendant à l’immortalité. L’usage qui impose au candidat d’écrire au Secrétaire perpétuel pour formuler sa demande est présenté avec les lettres de candidature de Benjamin Constant, Charles Nodier, Paul Claudel, Marcel Pagnol… Les discours de réception quant à eux se doivent de vanter le mérite du prédécesseur (les ébauches de Montherlant à son discours de réception, le discours de Scribe, le tapuscrit corrigé de Claudel, les manuscrits de travail autographes signés de Ludovic Halévy et Henri Troyat… ou encore les discours controversés de Chateaubriand et Emile Ollivier).
La vie académique et son dictionnaire sont évoqués à travers la lettre d’Alary au sujet de la troisième édition du dictionnaire, le manuscrit de Claudel « Remerciement pour la remise de mon épée dʼacadémicien à Bruxelles », les placards d’épreuves du Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré, les différents prix de l’Académie et des récompenses prestigieuses.
Un grand nombre d’écrivains, souvent illustres, n’ont jamais franchi les portes de l’Académie, soit qu’ils n’y aient jamais été candidats, soit que leur candidature ait été rejetée. L’expression « 41efauteuil » a été inventée par l’écrivain Arsène Houssaye en 1855 afin de désigner ces auteurs : Molière, Balzac, Dumas père, Flaubert, Baudelaire, Zola, Proust. Le Musée des lettres et manuscrits accueille donc une collection qui éclaire l’histoire de France et l’histoire littéraire avec des pièces originales de poètes, romanciers, hommes de théâtre, philosophes, scientifiques, hommes d’Etat et hommes d’Eglise, qui ont tous immortalisé la langue française. Ainsi, sous la plume de nos plus grands auteurs, se dévoilent les histoires académiques.
Estelle Gaudry, commissaire de lʼexposition « LʼAcadémie française au fil des lettres ».
Catalogue de l'exposition

