Vous êtes ici : Accueil - Expositions temporaires > Expositions antérieures

Au travers de ses expositions, le Musée des lettres et manuscrit permet au public de découvrir nombre de manuscrits et lettres autographes de première importance, dont voici une présentation. Ces expositions peuvent faire l’objet d’une présentation hors-les-murs. Pour toute demande et renseignement : voir la page des prêts d'œuvre

Entre les lignes et les tranchées

Du 9 avril 2014 au 31 août 2014
Musée des Lettres et Manuscrits de Paris

À l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, le Musée des Lettres et Manuscrits présente l’exposition « Entre les lignes et les tranchées – Lettres, carnets et photographies – 1914-1918 ». Plus de 100 documents exceptionnels, dont un grand nombre d’inédits, seront dévoilé afin de révéler au visiteur les véritables clés de la Grande Guerre.

Parmi les trésors à découvrir : les rapports de tranchée du jeune capitaine De Gaulle, des photographies et des carnets de tranchées de deux prêtres-fantassins, les frères Roux, des lettres de deux généraux en colère, d’un soldat amoureux, mais aussi des témoignages de ces poilus hypersensibles qu’étaient les peintres et les écrivains mobilisés dans les tranchées…

COMPRENDRE LA GRANDE GUERRE

Au fil des lettres, carnets, photographies, le visiteur découvrira les états d’âme, les pensées, les émotions de nos grands-parents et ancêtres, témoins de la barbarie. 100 ans après, cette exposition redonne la parole aux gens ordinaires et raconte 1563 jours de mort et de vie au quotidien tout en révélant « entre les lignes » les véritables causes de la Grande Guerre : la nécessité de souder et de légitimer une troisième république toute neuve côté français et un empire improbable côté allemand, et surtout un nouveau partage d’un monde déjà préoccupé par le contrôle de ses sources d’énergie et de ses matières premières. Allant à l’encontre des idées reçues, l’exposition « Entre les lignes et les tranchées – Lettres, carnets et photographies – 1914-1918 » apporte un éclairage nouveau à ce conflit, considéré comme l’un des plus dévastateurs du XXème siècle et dont les soubresauts agitent encore notre quotidien.

DES TRÉSORS D’ARCHIVES RÉUNIS AU MUSÉE DES LETTRES ET MANUSCRITS

Cette exposition, labellisée « Centenaire 14-18 », s’inscrit dans le cadre des célébrations du 100ème anniversaire du début de la Première Guerre mondiale et n’aurait pas pu exister sans l’acquisition récente par Aristophil des fonds Joseph et Loÿs Roux et du Général Duplessis. À cela s’ajoutent les fonds Maurice Drans, et ceux du Général Galliéni, ainsi que les collections littéraires, artistiques et historiques du Musée des Lettres et Manuscrits liées à la Grande Guerre. Au total, c’est un parcours de plus de 100 lettres, manuscrits, carnets de tranchées, objets et photographies qui sera présenté au grand public avec de très nombreuses photos inédites jusqu’alors.

LE MOT DE GÉRARD LHÉRITIER

Les commémorations ne manqueront pas en 2014 : centenaire des naissances de Romain Gary de Marguerite Duras, de Louis de Funès, de Louis Mariano, et… de l’impôt sur le revenu ! Centenaire de la disparition de Jean Jaurès, de Frédéric Mistral, de Charles Péguy, ou d’Alain Fournier, sans oublier le 70èmeanniversaire du débarquement et de la disparition d’Antoine de Saint-Exupéry. Mais le centenaire de la Grande Guerre devrait compter plus encore.

Un siècle après 1914, l’exposition « Entre les lignes et les tranchées » est allée puiser dans les mots écrits par les poilus dans les tranchées, pour rendre justice à nos ancêtres et rappeler à quel point ils ont été manipulés par les élites gouvernantes de l’époque, en France comme en Allemagne, pour finir par devenir les principales victimes de l’une des deux plus grandes catastrophes de l’histoire du XXème siècle. S’ils n’avaient pas été élevés avec le sens du devoir et de la fraternité avec leurs amis d’enfance mobilisés dans les mêmes régiments qu’eux, jamais ils n’auraient enduré 1563 jours d’un infini calvaire. Pendant quatre ans et demi de combats, la plupart d’entre eux ont refusé de diaboliser ces « boches » qu’ils combattaient mais dont ils avaient compris qu’ils étaient comme eux des écoliers, des ouvriers, des paysans, des ouvriers et des pères de famille dressés les uns contre les autres par des nations qui cherchaient à développer leurs empires coloniaux et leur puissance économique sur une planète qui déjà, se mondialisait et dont il fallait capter la main d’oeuvre, les sources d’énergie et les ressources naturelles. 1 500 000 poilus ont laissé leurs noms gravés dans la pierre de 40 000 monuments aux morts. Ils forment le tout premier réseau social de l’histoire de notre pays. Avant eux, jamais les hommes du peuple n’avaient eu la possibilité d’écrire eux-mêmes leur histoire dans leurs lettres et dans leurs carnets de tranchée et de laisser une trace pérenne et collective, tous milieux sociaux confondus. C’est aussi un réseau solidaire qui a permis de réunir ces fonds d’archives qui vous interpellent aujourd’hui « entre les lignes » qui les composent. Celui des libraires du livre ancien et des acheteurs d’Aristophil qui passent leur temps à dénicher des trésors pour les arracher à l’oubli.

Gérard Lhéritier
Président du Musée des Lettres et Manuscrits
Président de la société Aristophil

LE MOT DE JEAN-PIERRE GUÉNO, COMMISSAIRE DE L'EXPOSITION

Entre les lignes et les tranchées - Les vrais mobiles de la grande guerre

Le résumé de l'exposition

La Grande Guerre ne s’est pas déclenchée en trois jours. Elle plonge ses racines dans l’histoire en général et dans la « belle époque » en particulier. L’incroyable dispositif de propagande qui permit aux élites gouvernantes, en France comme en Allemagne, de casser l’Europe en entraînant les peuples dans l’apocalypse méritait d’être démonté en rapport avec des photographies et des paroles de poilus nées dans la boue des tranchées, et qui font mentir l’histoire instrumentalisée par ceux qui voudraient encore nous faire croire, cent ans après, que cette catastrophe était inévitable et relevait du consentement des peuples. A travers les paroles de deux prêtres-fantassins et photographes, de deux généraux en colère et d’un soldat amoureux, mais aussi des lettres et des témoignages de ces écorchés vifs qu'étaient les peintres et les écrivains mobilisés dans les tranchées, l'exposition « Entre les lignes et les tranchées » nous raconte 1563 jours de mort et de vie quotidiennes et nous révèle « entre les lignes » les véritables causes de la Grande Guerre : la nécessité de souder et de légitimer une troisième République toute neuve côté français et un empire improbable côté allemand, et surtout un nouveau partage du monde, de ses sources d'énergie et de ses matières premières. Les témoignages réunis nous rappellent les vrais moteurs et les vrais champs de bataille de la guerre, ceux qui motivent souvent les nations comme ceux qui les gèrent : l'appât du gain et du pouvoir.

Le parcours de l'exposition

Après avoir analysé les vraies causes de la Grande Guerre et la propagande acharnée qui finit par réussir à dresser les peuples les uns contre les autres, le coeur de l’exposition déroule le chemin de quelques âmes ; un parcours structuré par les photographies et les carnets de Joseph et de Loÿs Roux ; un parcours illustré par les carnets documentés du Général Duplessis et par des lettres du Général Gallieni qui dénoncent l’incompétence d’une partie de la haute hiérarchie militaire française et les méfaits de la guerre entre chefs ; un cheminement enluminé par les lettres d’amour d’un poète Sarthois, Maurice Drans, par les rapports de tranchée du Capitaine Charles de Gaulle, et enfin par des lettres, des dessins d’écrivains et de peintres impliqués dans la Grande Guerre d’une manière ou d’une autre : Romain Rolland, Guillaume Apollinaire, Henri de Montherlant, Marcel Proust, Louis Pergaud , Henri Barbusse mais aussi Jacques Vaché, André Derain, Félix Vallotton et les nabis, Fernand Léger et Théophile Alexandre Steinlen. Après une sorte de respiration ménagée par l’évocation du rôle des chansons dans la guerre, des archives et des pièces à conviction évoquent la façon dont le haut commandement militaire terrorise la troupe dès 1914, et sacrifie des hommes trop souvent considérés comme de la chair à canon, comme une variable d’ajustement sur l’échiquier de la guerre. Les trésors exposés nous font enfin revivre la vie et la mort au quotidien au coeur de la grande barbarie de la première grande tragédie du 20ème siècle. Ils évoquent pour conclure la fausse victoire de 1918, les facteurs qui déclencheront la seconde guerre mondiale, et la vitrine n°1, qui est à la fois la première et la dernière vitrine du parcours en forme de boucle, rend hommage à l’homme qui rêvait d’abolir une guerre dont il fut la première victime : Jean Jaurès.

Quelques temps forts de l'exposition

• Le formidable manuscrit du discours de Jaurès à la jeunesse en 1903.

• Le fil rouge des incroyables photos des frères Roux.

• Des trésors d'archive inédits (Duplessis, Gallieni, Drans).

• En exclusivité mondiale, des rapports de tranchée du Capitaine Charles de Gaulle.

• L’interview du plus grand banquier des Etats-Unis qui explique en mars 1917 les vraies causes et les vrais ressorts d’une guerre avant tout économique.

• Deux affiches de mobilisation et de réquisition de la Grande Guerre : celle des hommes et celle des chevaux placardées partout en France le dimanche 2 août 1914 et imprimées… 10 ans plus tôt, en 1904, au moment où Jaurès cherchait à convaincre la jeunesse du fait que la paix sociale conditionnait la paix militaire !

Édith Piaf ou cette beauté de l'ombre qui s'exprime à la lumière

Du 9 septembre 2013 au 23 février 2014 - Prolongation jusqu'au 5 mai 2014
Musée des Lettres et Manuscrits de Paris

La légende veut que Jean Cocteau et Édith Piaf se soient tous deux éteints le 11 octobre 1963. Suite aux décès des artistes, Le Parisien Libéré va même jusqu’à publier un titre racoleur ayant entretenu le mythe autour de leur mort : « La mort d’Édith Piaf a tué Jean Cocteau ». La vérité diffère cependant légèrement du mythe – ou du « réalisme faux » si cher à Jean Cocteau. Piaf est en effet décédée la veille, le 10 octobre, à Grasse. Mais, selon ses dernières volontés, sa dépouille est transportée clandestinement à Paris où le décès est officiellement annoncé dans la matinée du 11. Et lorsque Cocteau apprend son décès, l’homme, déjà victime de deux crises cardiaques, est particulièrement affaibli. Ainsi, l’un des derniers « monstres sacrés »de Cocteau disparaît, laissant le poète dans une profonde tristesse quelques heures avant de s’éteindre à son tour.

Jean Cocteau fait la connaissance d’Édith Piaf en février 1940, sur les recommandations d’Yvonne de Bray. Conquis par l’interprète, il compose à son intention une courte pièce en un acte : Le Bel Indifférent, faisant l’apologie de la souffrance d’aimer. Piaf partage l’affiche avec Paul Meurisse, avant d’être remplacé par Jean Marconi suite à son ordre de mobilisation. À ce sujet, Cocteau écrit à Jean Marais : « Nous avons obtenu ce soir le sursis de Paul Meurisse. Piaf était folle de joie et je la comprenais ! Il pourra donc créer le rôle. » Dans cette même correspondance amoureuse datant de la mobilisation de Jean Marais, , quelques mots de la chanteuse témoignent de son admiration pour Cocteau et Marais : « et mon plus beau rêve est de jouer une pièce de Jean avec vous. » La création duBel Indifférent a lieu le 19 avril 1940 au Théâtre des Bouffes-Parisiens, en lever de rideau des Monstres sacrés. Le succès de la pièce est alors attisé par la curiosité du public et de la critique, venus découvrir la prestation dramatique de l’artiste de music-hall.

Un nouveau projet de collaboration entre les deux artistes voit le jour à la fin des années 1940. Cocteau adapte alors pour la scène sa nouvelle Le Fantôme de Marseille publiée dans la Nouvelle Revue Française du 1er novembre 1933. Cette version dramatique écrite pour Édith Piaf a été publiée dans le Théâtre de poche (Paul Morihien, 1949). Elle y tient le rôle de Rachel qui, dans un long monologue, raconte au juge d’instruction l’histoire du trop joli Maxime qui se travestit et se tue accidentellement, alors même qu’il est entretenu par un brave bourgeois amoureux.

Cocteau et Piaf ont entretenu une amitié sincère, empreinte d’un profond respect mutuel pour leurs talents artistiques. Ils avaient pris l’habitude de correspondre, ce dont témoigne notamment la lettre retrouvée au domicile de la chanteuse au moment de son décès. Cocteau, suite à une crise cardiaque, lui confiait ainsi en avril 1963 : « Tiré de la mort je ne sais trop comment (c’est notre truc) je t’embrasse parce que tu es une des 7 ou 8 personnes auxquelles je pense avec tendresse chaque jour. »

Jean Cocteau le magnifique, les miroirs d'un poète

Musée des Lettres et Manuscrits
Du 11 octobre 2013 au 23 février - Prolongation jusqu\\\'au 9 mars 2014

Un hommage à Jean Cocteau
À l’occasion du 50ème anniversaire de la disparition de Jean Cocteau, le Musée des Lettres et Manuscrits lui rend hommage avec une exposition intitulée « Jean Cocteau le magnifique. Les miroirs d’un poète » présentant plus de 150 manuscrits et lettres autographes, ouvrages illustrés et éditions originales, dessins, photographies et affi ches, dont un grand nombre d’inédits. En parcourant cette exposition, le visiteur pourra passer de l’autre côté du miroir, objet phare de la mythologie personnelle de Jean Cocteau, afin de découvrir la personnalité de cet homme dont l’étoile, autre symbole, graphique celui-ci, maintes fois représenté, brilla durant plus de 60 ans au panthéon de la vie littéraire et artistique française. À la fois poète, romancier, dramaturge, dessinateur, décorateur, cinéaste... Jean Cocteau demeure aujourd’hui une référence, une source d’inspiration inépuisable pour nombre de créateurs de Jean-Luc Godard à Arielle Dombasle. Les pièces maîtresses de cette exposition sont le manuscrit du scénario original du fi lm La Belle et la Bête, chef-d’oeuvre classé « Trésor national », accompagné du manuscrit autographe du journal de ce film et de photographies prises lors du tournage, ainsi que Le Mystère de Jean l’Oiseleur, oeuvre poétique mêlant écriture et dessin.

Dans le cadre de cette exposition, seront présentées plusieurs lettres relatives au couple mythique que formèrent Jean Cocteau et Jean Marais de 1937 à 1949, choisies parmi l’abondante correspondance entre ces deux monstres sacrés conservée par le Musée des Lettres et Manuscrits. Cette liaison qui inspira fortement le dramaturge et le cinéaste, donna naissance à des oeuvres majeures comme LaBelle et la Bête, L’Aigle à deux têtes, Les Parents terribles et Orphée dont Jean Marais fut l’inoubliable interprète passant du monde visible au monde invisible à l’aide d’un miroir.

Un hommage à Edith Piaf
Cette exposition inédite est également l’occasion de présenter un hommage à Edith Piaf, amie de Jean Cocteau, à travers différents écrits et photographies : correspondance qu’elle entretenait avec son amant Louis Gérardin, lettre écrite le jour de la mort de Marcel Cerdan, manuscrit du monologue de Cocteau écrit à son attention (Le Fantôme de Marseille), photographie prise lors des répétitions du Bel indifférent… Apprenant la mort d’Edith Piaf, Jean Cocteau aurait déclaré « C’est le bateau qui achève de couler. C’est ma dernière journée sur cette terre ». Jean Cocteau s’éteindra quelques heures après Edith Piaf, le 11 octobre 1963.

Retrouvez l'exposition Édith Piaf ou cette beauté de l'ombre qui s'exprime à la lumière

Gérard Lhéritier
Président du Musée des Lettres et Manuscrits
Président de la société Aristophil

LE MOT DES COMMISSAIRES DE L’EXPOSITION - Pascal Fulacher et Dominique Marny
Les miroirs d’un poète

Le miroir fait partie de la mythologie personnelle de Jean Cocteau. Surface lisse qui rappelle celle d’une eau dormante, le miroir surprend, étonne, fascine autant qu’il réfléchit, rassure ou déclenche la crainte. Immobile, il renvoie à l’infi ni les mouvements de celui qui lui fait face, mais n’a pas de mémoire. Enfant, Cocteau est réceptif aux pouvoirs magiques de cet objet dans les contes de fées dont Blanche Neige et les sept nains. Plus tard, il le sera au mythe de Narcisse. Qu’existe-t-il derrière la plaque de verre recouverte d’une fi ne couche d’argent ? Cette énigme ne peut que l’attirer et lui insuffler le désir de l’exorciser… Lorsqu’il scrute son image dans le miroir, le jeune Cocteau ne se trouve pas séduisant. Un visage anguleux, des yeux à fleur de tête, des cheveux raides, une silhouette chétive. En classe de cinquième, il découvre son idéal masculin. L’élève Dargelos est beau, sauvage, insoumis. A défaut de lui ressembler, il va tenter d’exister autrement. Orphelin d’un père qui s’est suicidé quand il avait 9 ans, Cocteau a besoin du regard des autres pour trouver sa place dans une société en pleine mutation. En 1910, il fréquente les salons littéraires et publie trois recueils de poèmes qu’il reniera par la suite. La venue à Paris et la modernité des Ballets Russes lui font comprendre qu’un vieux monde est en train de disparaître et qu’il est nécessaire de trouver une voie nouvelle. En 1917, il s’entoure de Picasso et de Satie pour créer le spectacle Parade. Le scandale est immense, mais Cocteau ne déteste pas cette odeur de soufre. Elle deviendra même un ferment pour l’œuvre à venir. Le regard de Raymond Radiguet, qui n’a que 16 ans lorsqu’il le rencontre, devient « sa » référence. Dans ce miroir vivant, il aimerait trouver un écho aux sentiments qui l’animent. Radiguet ne sera qu’un éphémère compagnon d’écriture. En 1923, il meurt à l’âge de 20 ans d’une fièvre thyphoïde. Ce décès anéantit Cocteau qui, pour atténuer son mal de vivre, noue des liens puissants et durables avec l’opium. A défaut de se retrouver dans les yeux du disparu, il guette son reflet dans le miroir de sa chambre à l’hôtel Welcome où il réside dans le port de Villefranche-sur-mer. Cette confrontation sans concession donne naissance au Mystère de Jean l’Oiseleur, l’une de ses plus belles oeuvres poétiques. Composée de trente et un autoportraits autour desquels il écrit les phrases qui lui traversent l’esprit, cette série de dessins renseignent quant à son désespoir. En 1930, il accepte la proposition des mécènes Marie-Laure et Charles de Noailles. Depuis longtemps, il pense que sa poésie perd de son intensité en étant traduite dans des langues étrangères. Pourquoi ne pas tourner le fi lm pour lequel ils lui donnent carte blanche et laisser les images « parler » d’elle-mêmes ? Ce sera Le Sang d’un poète. Remplaçant le miroir, l’écran – autre surface lisse – sert de support à son univers. On y voit la première traversée silencieuse d’un miroir qui « ferait bien de réfléchir un peu avant de renvoyer des images. » Ce « voyage » figurera à nouveau, en 1950, dans Orphée. Joué par Jean Marais, Orphée se prépare à traverser le miroir qui sépare les mondes visible et invisible. - « Auriez-vous peur », lui demande Heurtebise (François Perier) qui le pousse à tenter l’expérience. – « Non, mais cette glace est une glace ». – « Il ne s’agit pas de comprendre, il s’agit de croire ». Entre-temps, Cocteau a joué avec la puissance divinatoire du miroir dans La Belle et la Bête. Défi ant l’espace-temps, il permet à la jeune fille de voir « ailleurs ». Ainsi, à travers des décennies de création, le miroir est devenu un objet indispensable au poète. Ce regard sans concession où le temps défi le avec une inexorable lenteur, lui rappelle la fi n programmée. « Les miroirs sont les portes par lesquelles entre la mort. Regardez toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler sur vous ». Le 11 octobre 1963, à l’âge de 74 ans, il accomplira à son tour le voyage vers le mystère et les « valeurs secrètes » qui l’ont toujours intrigué, voire obsédé. Si l’on se penche sur la symbolique du miroir, il était appelé autrefois speculum. Les anciens l’utilisaient pour scruter le mouvement des constellations. Cocteau ne l’ignorait sans doute pas. Est-ce la raison pour laquelle l’étoile est elle aussi entrée dans sa mythologie ?

LA SCÉNOGRAPHIE ET LE PARCOURS DE L’EXPOSITION
La salle d’exposition temporaire du Musée des Lettres et Manuscrits, dans une mise en scène intimiste, met en lumière la personnalité artistique de Cocteau et laisse la part belle aux œuvres originales. Les miroirs, et plus précisément les reflets du miroir sont le fi l conducteur de cette exposition consacrée au prince des poètes, Jean Cocteau. Cette présentation propose cinq miroirs : des premiers regards évoquant son enfance, sa jeunesse, l’entrée en poésie, l’apparition de l’étoile, le merveilleux, la traversée du miroir, et enfin ses amitiés, ses influences…

Parcours de l’exposition :
Partie I.
1889-1916. Premiers regards : l’enfance, l’élève Dargelos, la jeunesse, les salons littéraires, recueils de poèmes, les Ballets Russes.
Partie II. 1917-1929. L’entrée en poésie : Parade, parution du Potomak, Radiguet, mort de Radiguet, Plain-chant, Orphée au théâtre, prise d’opium, Villefranche-sur-Mer, Le Mystère de Jean L’Oiseleur, L’Ange Heurtebise, Le Livre blanc, Les Enfants terribles (roman), Opium.
Partie III. 1930-1942. Apparition de l’étoile : La Voix humaine, Le Sang d’un poète, la princesse Natalie Paley, La Machine infernale, Le Tour du monde en 80 jours, Jean Marais, Les Chevaliers de la Table ronde, Les Parents terribles.
Partie IV. 1942-1949. Le merveilleux : L’Eternel Retour, La Belle et la Bête. Le double : L’Aigle à deux têtes (pièce et film).
Partie V. 1950-1963. La traversée du miroir : Orphée (film), Le Testament d’Orphée (film), dernier automne à Milly.

FOCUS SUR DEUX OEUVRES MAJEURES

La Belle et la Bête, un hymne à la beauté de l’âme
« L’enfance croit ce qu’on lui raconte et ne le met pas en doute. Elle croit que les mains d’une bête humaine qui tue se mettent à fumer et que cette bête en a honte lorsqu’une jeune fi lle habite sa maison. Elle croit mille autres choses en la matière. C’est un peu de cette naïveté que je vous demande et, pour porter chance à tous, laissez-moi vous dire quatre mots magiques, véritables «Sésame, ouvre-toi» de l’enfance : « Il était une fois…». » Texte extrait du film La Belle et La Bête. Dans l’univers de Jean Cocteau, la poésie tient une place primordiale. Celle-ci est omniprésente dans ses oeuvres. Que ce soit dans sa « poésie de roman », sa « poésie de théâtre », ou dans sa « poésie graphique », elle se retrouve dans sa « poésie de cinéma ». Par le biais du 7è art, Cocteau va révéler ses multiples talents à un plus large public. Car, ce Prince des poètes est un véritable magicien des mots mais aussi celui de l’image. Ses fi lms nous transportent dans ses voyages oniriques, au-delà du miroir, dans des royaumes imaginaires. Plusieurs de ses chefs-d’oeuvre cinématographiques invitent le spectateur à prendre place au Pays des fées. Le film La Belle et la Bête en est un exemple signifi catif. Ecrit et réalisé en 1946 par Jean Cocteau, d’après un conte de Mme Leprince de Beaumont, « ce conte de fées pour adultes » est un véritable hymne à la beauté de l’âme. Cocteau cinéaste signe ici son deuxième long-métrage, quinze ans après Le Sang d’un poète.Toute la genèse du fi lm est ici retracée à travers trois documents exceptionnels : le manuscrit autographe donnant l’histoire, paroles et mise en scène du fi lm, avec 8 pages de dessins originaux ; un album de 89 photos de plateau, représentant les scènes du fi lm, les répétitions, les séances de maquillage… et l’affiche du film.

Le Mystère de Jean l’Oiseleur, une oeuvre poétique mêlant écriture et dessin
C’est dans sa chambre de l’hôtel Welcome à Villefranche-sur-Mer, en octobre 1924, que Jean Cocteau dessine les 31 autoportraits (dont 14 en couleurs) qui formeront l’une de ses plus belles œuvres poétiques : Le Mystère de Jean l’Oiseleur. En mêlant écriture et dessin, le poète se livre à une véritable introspection. Le rectangle de la feuille s’apparente dès lors à un miroir, cette surface lisse et froide « qui ferait bien de réfléchir avant de renvoyer des images », et qui deviendra le passage obligé entre les mondes visibles et invisibles, entre la vie et la mort. Cocteau scrute ses propres traits à travers ces dessins et capture les pensées qui lui viennent à l’esprit à cet instant précis. Au fil de la trentaine de dessins, il évoque Rome, Uccello, les étoiles, Mozart, Radiguet (qui vient de succomber des suites d’une fièvre typhoïde, disparition d’un être cher dont il ne se remettra jamais vraiment et qu’il aspire à rejoindre), et tant d’autres figures qui ont marqué son existence. Exécutés sous l’effet de l’opium, face à la mer, ces autoportraits expressifs aux traits anguleux, presque décharnés, sont saisissants de vérité, révélant l’infini chagrin de l’auteur, mais aussi le regard qu’il porte sur lui-même, sans concession ni fioriture, d’un oeil vif et perçant pareil au diamant. Un exercice périlleux pour cet homme qui n’apprécie guère son enveloppe charnelle mais qui prend néanmoins soin de sa tenue vestimentaire. Les 31 dessins ainsi réalisés seront finalement publiés l’année suivante, en 1925, chez Edouard Champion, sous un titre énigmatique Le Mystère de Jean l’oiseleur. Si l’oiseleur attrape des oiseaux à l’aide de filets, Cocteau saisit à travers ses dessins, sa propre image, ses propres réflexions du moment. Un instant rare dans la vie du poète où sa poésie se mêle à ses dessins dans une parfaite unité de style.

JEAN COCTEAU ET JEAN MARAIS, UNE AMITIÉ ÉTOILÉE
C’est lors d’une audition en 1937 pour sa nouvelle pièce Oedipe-Roi que Jean Cocteau fait la rencontre de Jean Marais qui marqua sa vie. Ce débutant de 23 ans, aux traits et à la silhouette proches de celles que le poète a l’habitude de dessiner, est aussitôt engagé pour jouer dans OEdipe-Roi qui sera programmé au Théâtre Antoine à partir du 12 juillet. Le corps enveloppé de bandelettes blanches créées par Chanel, Jean Marais, dont la présence sur scène est remarquée dès les premières représentations, ne va pas tarder à conquérir son public… et le coeur de Jean Cocteau. « Mon Jeannot, comment te remercier de ce miracle. De cette étoile sous laquelle tu marches et qui est une vraie étoile à côté de mon étoile écrite » lui déclare-t-il dans l’une des premières lettres qu’il lui adresse. Dès lors, Jean Marais enchaînera les rôles tant au théâtre qu’au cinéma, rôles qui lui seront confi és dans un premier temps par son protecteur : Les Chevaliers de la Table ronde, LesParents terribles (pièce et film), L’Eternel retour, La Belle et la Bête, L’Aigle à deux têtes, Orphée… Partageant le même appartement, un petit deux pièces situé rue de Montpensier donnant sur les jardins du Palais-Royal, les deux Jean, connaissent une liaison passionnelle à laquelle fera suite une affection profonde. Cocteau, très épris, continuera pendant des années à glisser chaque soir sous la porte de sa chambre une missive à son bien-aimé. En 1947, à l’issue du tournage de La Belle etla Bête, ils acquièrent ensemble la maison de Milly-la-Forêt. Accaparé par la célébrité, Jean Marais s’éloignera peu à peu de Jean Cocteau, faisant place à un nouveau venu : Edouard Dermit.

Pour la reproduction des visuels de l'exposition © ADAGP, Paris 2014. « Avec l’aimable autorisation de M. Pierre Bergé, président du Comité Jean Cocteau. Coll. privée / Musée des lettres et manuscrits, Paris

Landru - 6h10 - Temps clair (Les pièces du dossier)

Musée des Lettres et Manuscrits
23 mai - 15 septembre 2013

En un siècle, l'un des premiers tueurs en série français identifiés, Henri Désiré Landru, n’a rien perdu de sa notoriété et de son pouvoir de fascination. Ses onze victimes, les multiples identités endossées au fil d’une vie d’escroc puis de meurtrier, un mode opératoire jamais totalement élucidé, l’absence de corps, le refus obstiné de tout aveu, la personnalité enfin de cet homme magnétique, intelligent, éloquent, énigmatique et méticuleux condamné pour avoir tué, découpé et brûlé onze victimes abusées par ses promesses de mariage ont contribué à ancrer solidement dans la mémoire collective ce qui constitue sans doute le fait divers le plus célèbre du XXe siècle. Si chacun pourtant connaît au moins dans ses grandes lignes l’histoire de Landru, un axe essentiel est totalement méconnu : l’enquête elle-même, la traque obstinée de l’inspecteur Jules Belin et de son équipe des brigades mobiles, l’examen mental du meurtrier, les notes de son bourreau, Anatole Deibler, autant d’éléments inédits qui renouvellent la grille de lecture de cette étonnante histoire. L’exposition du Musée des Lettres et Manuscrits, dont le titre « Landru - 6h10 - Temps clair » se réfère précisément à l’heure d’exécution notée par Anatole Deibler dans ses carnets, s’attache, à travers les pièces du dossier d’instruction de cette affaire emblématique, à retracer le processus qui aboutira à l’arrestation de l’un des plus grands criminels du XXe siècle.

Le mot de Gérard Lhéritier
Président du Musée des Lettres et Manuscrits - Président de la société Aristophil
C’est à une véritable plongée dans le travail d’enquête qui a mené à l’arrestation puis à l’exécution de l'un des plus terribles criminels que vous convie le Musée des Lettres et Manuscrits à travers l’exposition « Landru - 6h10 - Temps clair ». Cet hommage rendu à l’obstination de l’inspecteur Belin de la première brigade mobile de la police judiciaire, qui a permis à l’homme et ses adjoints d’arrêter en avril 1919 Lucien Guillet, alias Henri Désiré Landru, est proposé au public grâce à l’exposition inédite du dossier d’instruction, des pièces du procès, des coupures de presse de l’époque. Il nous est ainsi donné de participer véritablement à la progression de l’enquête, aux tâtonnements des policiers, aux hasards également sans lesquels l’enquête n’aurait sans doute pas abouti, au désordre de cette France de la Grande Guerre dont le petit escroc qu’était Landru a profité avant de devenir l’assassin que l’on sait. De précieux documents tels que l’examen mental de Landru sont également présentés, ainsi que les photos de toutes les malheureuses victimes du séducteur assassin. De l’acte de naissance d’Henri Désiré Landru au carnet d’exécution de son bourreau Anatole Deibler, c’est toute la vie du grand criminel qui est ici présentée, et ses mystères.

L'enquête Landru
Estelle Gaudry, commissaire de l’exposition et scénographe

Les documents d’archive exposés au Musée des Lettres et Manuscrits dévoilent le tâtonnement des policiers devant le cas Landru et leur travail de recoupement pour prouver que l’homme à la logique déroutante a bien tué, malgré l’absence de preuves matérielles. Ils démontrent aussi comment cet homme intrigant profita du contexte politique et social de son temps ; comment, pendant des années, grâce à un système bien rôdé, il ne fut jamais inquiété et enfin comment il put jouir d’une si longue impunité. Reste - et le constat est difficile à faire - que cet homme, petit escroc sans grande envergure, est devenu une figure emblématique du crime à une époque où les massacres de la Première Guerre mondiale avaient mis à mal les valeurs de notre société. Cette exposition construite à partir des éléments d'archives inédits propose une immersion au cœur d’une des plus incroyables affaires du XXe siècle. Affaire lugubre d’un petit homme sombre sur lequel le couperet d’Anatole Deibler, son bourreau, est tombé le 25 février 1922, à « 6h10, par temps clair ».

Éric Yung, commissaire scientifique de l’exposition
Il est toujours étonnant de remarquer que les contraires ne le sont pas tant que ça. Ici, Landru et Deibler : l’assassin et son bourreau. Ces deux hommes, par la nature sociale de leur position, sont en principe et a priori à l’opposé l’un de l’autre. Eh bien non, au contraire ! Ils partagent bien des points communs, ont, ensemble, quelques affinités. (…) Ainsi, Anatole Deibler avait le souci de ne pas se faire remarquer, un comportement général qui sera « son credo pendant 40 ans » selon l’un de ses biographes Landru, bien sûr, souhaitait la même chose. Mais l’un et l’autre, malgré leur volonté de rester dans l’anonymat, ont été des hommes (pour des raisons bien différentes) adulés par une opinion publique toujours en quête d’émotions fortes et souvent sensible au charisme de personnalités marginales. Landru et Deibler ne sont pas devenus célèbres de par leur volonté. C’est peut-être surprenant ou en tous cas hors des logiques qui constituent une morale communément acceptée mais - comment le nier ? - c’est la nation française tout entière avec ses petites gens, ses bourgeois, ses nantis, ses artistes et ses intellectuels, avec ses policiers et ses magistrats aussi, enfin c’est le peuple qui a fait de ces deux hommes des vedettes, de véritables « stars » de l’histoire criminelle. C’est lui qui les a, à jamais, installés dans la mémoire collective.

L’Écume des jours, du roman au film (1946-2013)

Musée des Lettres et Manuscrits
Du 4 avril au 31 août

Du 4 avril au 31 août, le Musée des Lettres et Manuscrits présente en partenariat avec la « Cohérie » BV », Brio Film et Studio Canal, un accrochage consacré à l’un des plus mythiques romans de la littérature française L’Écume des jours. Cette présentation est proposée à l’occasion de la sortie en salles le 24 avril du film de Michel Gondry.

« Colin rencontre Chloé. Ils s’aiment. Ils se marient. Chloé tombe malade. Colin se ruine pour la guérir. Le médecin ne peut la sauver. Chloé meurt. Colin ne vivra plus très longtemps. » Cette histoire d’amour d’une simplicité sublime est rédigée, presque d’un jet, en avril 1946 par Boris Vian. L’Écume des jours est son premier vrai roman. S’éloignant volontairement des codes littéraires de l’époque, Vian, alors ingénieur, insuffle à ses lignes la fantaisie verbale, l’invention, l’incroyable et l’humour, une histoire portée par les rythmes du jazz américain. Ouvrage incompris lors de sa parution en 1947, il est devenu avec le temps un incontournable de la littérature adolescente. L’Écume des jours est un roman linéaire, débordant de musique et d’images cinématographiques, mais difficile de l’envisager en film ! Michel Gondry, réalisateur à l’imagination foisonnante dont la technique ludique adhère parfaitement à l’esprit du roman, relève le défi. Les vitrines du Musée des lettres et manuscrits vous feront pénétrer dans l’univers Vian-Gondry, avec par exemple la présentation d’une édition originale, avant-propos manuscrit, dessins, croquis de Michel Gondry, photographies de plateau, objets du film… ou comment découvrir la genèse du « plus poignant des romans d’amour contemporains » (Raymond Queneau).

Verlaine emprisonné

Musée des lettres et manuscrits (8 février - 5 mai 2013)

Le Musée des lettres et manuscrits présente dans l’exposition « Verlaine emprisonné » le recueil Cellulairement de Paul Verlaine (écrit précisément en cellule) sous un jour inédit, à la lumière croisée de quatre cages qui enferment le poète :
• son physique, ressenti comme disgracieux ;
• sa prison existentielle, qui le montre écartelé entre la fascination de l’enfer et l’appel de la grâce ;
• sa dépendance à l’alcool en général et à l’absinthe en particulier, que l’enfermement carcéral le contraindra à vaincre provisoirement ;
• son emprisonnement concret, en Belgique, à Mons, après sa tentative d’homicide sur Arthur Rimbaud au cours d’une crise d’ivresse et de jalousie. C’est au cours de ce séjour en prison qu’il écrira Cellulairement, entre le 11 juillet 1873 et le 16 janvier 1875.
Inédit en tant que tel de son vivant et durant plus d’un siècle, Cellulairement est désormais classé trésor national par l’état français.

Le mot de Gérard Lhéritier, Président du Musée des Lettres et Manuscrits
Cellulairement, c’est un manuscrit incandescent de Paul Verlaine, classé trésor national depuis 2005, et qui témoigne de la flamme poétique et mystique qui embrase le poète lors de son incarcération en Belgique. Cet inestimable manuscrit conservé au Musée des lettres et manuscrits est la pièce centrale de l’exposition « Verlaine emprisonné », consacrée aux diverses prisons
qui enferment Verlaine.
Incarcéré en juillet 1873, après avoir tiré, dans l’emportement d’une querelle d’amoureux exacerbée par l’alcool, deux coups de feu sur son ami Arthur Rimbaud, Verlaine écrit dans sa geôle ce recueil de 67 feuillets dans lequel il exprime ses rêves, ses fantasmes, son désespoir, ses frustrations, ses remords, ses espérances, ses évasions poétiques, ses fantaisies, ses théories, mais aussi l’irruption de la grâce à partir de l’été 1874. Ce recueil sera mis en vente par Sotheby’s en 2004, où il sera acquis par Aristophil.
Cette présentation du Musée des lettres et manuscrits dans l’exposition « Verlaine emprisonné », qui s’attache à voir le poète à travers le prisme de ses propres prisons, l’expose en majesté.
Voici en quelques mots l’histoire mouvementée de ce manuscrit exceptionnel :
Si dans un premier temps l’éloignement temporaire de Verlaine de la vie littéraire et les effets négatifs de sa condamnation ne facilitent pas l’édition de son manuscrit, à partir de 1881 c’est le poète lui-même qui change d’avis et qui renonce à son projet initial de publier les 32 poèmes dans un même recueil. Ils vont être dispersés dans des recueils tels que Sagesse, Jadis et Naguère, Parallèlement ou Invectives.
En 1897, moins d’un an après la disparition de Paul Verlaine, le dessinateur Cazals révèle l’existence du manuscrit inédit. En 1912, quinze ans plus tard, on en découvre un exemplaire et le poète Ernest dupuy en publie une description. On en perd ensuite la trace avant de le retrouver dans la bibliothèque de Louis Barthou. À la mort de ce dernier en 1935, le manuscrit passe dans la collection de Louis Loriot, l'un des exécuteurs testamentaires de Barthou ; il est finalement donné par sa fille à Ida Jankélévitch dans les
années cinquante et reste entre des mains privées, toujours ignoré des amateurs de Verlaine et du grand public. Le 15 décembre 2004, Sotheby’s met en vente à Paris le manuscrit de Cellulairement estimé entre 100 000 et 150 000 €. Le recueil est finalement adjugé pour la somme de 299 200 €. Classé « trésor national » et interdit d'exportation par l’état, il est acquis par Aristophil, à Paris. N’ayant jamais été publié ni du vivant de Verlaine, ni après sa mort dans ses œuvres complètes, le texte de Cellulairement a été
édité pour la première fois en 1992 au Castor Astral, puis en 2002 dans le livre de Poche.
Outre l’édition de l’ouvrage Verlaine emprisonné coédité avec les éditions Gallimard, le manuscrit va faire l’objet, sur l’initiative du Musée des lettres et manuscrits, d’une édition dans la collection Poésie des éditions Gallimard en février 2013 sous la direction de l’universitaire Pierre Brunel, présentant dans un livre au format de poche chacun des feuillets du manuscrit original, leur transcription ainsi qu’un extrait de l’œuvre autobiographique du poète intitulé « Mes prisons ».

Le mot du commissaire de l'exposition, Jean-Pierre Guéno
« Verlaine emprisonné » exprime les conséquences de l’affaire de Bruxelles sur l’œuvre poétique et sur la spiritualité de Verlaine. Le poète condamné plus encore pour son homosexualité que pour avoir tiré sur Rimbaud n’est pas seulement le prisonnier des prisons belges pendant 555 jours. Paul Verlaine est un incarcéré, un encagé permanent, du premier jour de sa vie jusqu’à celui
de sa mort, et l’exposition comme le livre qui l’accompagne décrivent et illustrent toutes les cages qui enferment le poète maudit et qui vont faire vibrer son âme comme sa plume : sa prison de pierre, sa prison existentielle, sa prison politique, sa prison familiale, sa prison sentimentale, et non des moindres, la prison de l’absinthe. C’est la raison pour laquelle la structure du livre comme celle de l’exposition et de sa scénographie ne cessent de faire alterner le sentiment d’enfermement et l’aspiration à l’évasion.
Ce sont les arts, la peinture et la poésie qui vont permettre à la génération de Verlaine et des poètes maudits de trouver une alternative au suicide et de refonder à la fois la poésie et la peinture. Explosion d’un nouvel art poétique. Explosion du symbolisme, explosion de l’impressionnisme.
Paul Verlaine : Né Saturnien. « Bonne part de malheurs et bonne part de bile ». « Verlaine emprisonné », c’est en fait la petite musique de l’âme de l’homme universel, de l’homme enfermé dans sa condition humaine, de l’homme double écartelé entre la fascination de l’enfer et la nostalgie du paradis perdu.
Les temps forts de l’exposition
Les trésors verlainiens des Musées des lettres et manuscrits de Paris et de Bruxelles, et quelques autres :
• Le manuscrit de Cellulairement dévoilé pour la première fois au public et en particulier les manuscrits de L’art poétique et de La Chanson de Gaspard Hauser
• Un dessin original à la plume représentant Paul Verlaine, signé du graveur Robert Kastor et souligné d’un quatrain autographe signé de Paul Verlaine
• Un autoportrait de Verlaine qui annonce le cubisme bien avant la naissance du cubisme
• L’unique portrait de Verlaine souriant par Cazals
• Une photo totalement inédite de Verlaine à 20 ans dans un fauteuil
• La porte de la cellule de Verlaine
• Le registre de levée d’écrou avec les notes morales que porte sur lui l’administration pénitentiaire
• Le dossier de Police de Rimbaud avec la mention « Repris de justice et forçats libérés : Rimbaud Arthur. Profession : homme de lettres »
• Quelques-uns des plus beaux feuillets de la Lettre du voyant empruntés à la BNF (originaux ou fac simile)Un manuscrit « emprisonné »
Classé trésor national par l’état français, le manuscrit de Cellulairement est « intouchable ». Il a été relié de façon particulière au début du XXe siècle : les 67 feuillets manuscrits ne sont pas montés sur onglets comme on le fait aujourd’hui. Chacun d’entre eux est emprisonné dans la reliure, rendant impossible leur désassemblage. Ainsi donc les feuillets manuscrits de Cellulairement sont-ils eux aussi physiquement et matériellement « emprisonnés » dans leur reliure, rendant souvent délicate leur reproduction, et rendantimpossible leur exposition autrement que sous forme de fac-similé.

Le parcours de l'exposition
L’exposition « Verlaine emprisonné » se structure autour d’une vitrine centrale présentant la pièce phare de l’exposition, Cellulairement. La scénographie accompagne le propos de l’exposition en enfermant ce manuscrit au milieu de diverses vitrines scandant, tout comme l’ouvrage éponyme de Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier publié en coédition avec Gallimard, les différents chapitres de cet enfermement. En voici les thématiques ainsi que les œuvres principales (sous réserve de modifications) :
Génération maudits
Des artistes maudits dans une société bloquée
Manuscrits et dessins de Musset, Desbordes-Valmore, Baudelaire (la fameuse « Lettre du suicide »), Rimbaud (la très célèbre « Lettre du voyant ») et… Verlaine.
La prison de verre
La véritable prison de Paul Verlaine, la lourde présence de trois frères et sœur mort-nés avant sa naissance
Berceuse, La Chanson de Gaspard Hauser, un pouacre, l’autoportrait de Verlaine en singe : la confession poétique de Verlaine sur sa laideur.
La fée verte
L’évasion dans l’absinthe et l’écartèlement de la bisexualité
Le « Sonnet du trou du cul » de Verlaine et Rimbaud et différents éléments relatifs à l’addiction à l’absinthe.
Une saison en enfer
Le huis clos de la vie quotidienne, le délitement du couple de Verlaine, sa rencontre avec Rimbaud
Illustrée par des poèmes de Rimbaud, des extraits de Cellulairement, des lettres de Verlaine.
Voleurs de feu
Fertilisation croisée entre les deux fondateurs de la poésie moderne
L’art poétique de Verlaine et d’autres feuillets de la « Lettre du voyant » d’Arthur Rimbaud.
Deux balles
L’évasion dans le passage à l’acte : la tentative d’homicide après la tentation du suicide, lorsque Verlaine tire deux balles sur Rimbaud, le 10 juillet 1873
Lettre d’un désespéré à sa mère, dessin de Cocteau d’après le portrait de Rimbaud par Jef Rosman, etc.
Cellulairement
L’enfermement carcéral, où Verlaine est jugé et condamné à deux années de prison
Plusieurs extraits du recueil Cellulairement dont « Crimen amoris », ainsi que les documents relatifs à la levée d’écrou.
Symboles et impressions
La libération des contemporains de Verlaine par le symbolisme et l’impressionnisme
Reproduction d’œuvres emblématiques du symbolisme et de l’impressionnisme (Delville, Monet) et d’un manuscrit de Verlaine d’inspiration impressionniste (Lenterrement de mon père).
Le doigt du Christ
L’évasion par la grâce, Verlaine se tourne, au cœur de sa vie carcérale, vers le catholicisme
Poèmes mystiques de Cellulairement, poème autographe de Verlaine « à Baudelaire », et son portrait manuscrit par Anatole France.
Figures de Verlaine
L’évolution d’un visage et l’évasion finale dans la postérité
Divers portraits de Verlaine, manuscrit de Carco sur Verlaine poète maudit, lettre de Trenet à Cocteau.

Retrouvez les publications et les animations autour de l'exposition

Découvrez le Post Scriptum consacré à Cellulairement de Paul Verlaine

Six siècles d'art du livre - de l'incunable au livre d'artiste

Musée des lettres et manuscrits (13 septembre 2012 - 20 janvier 2013)

Durant les six derniers siècles, entre l’invention de l’imprimerie par Gutenberg et sa dématérialisation, le livre a connu des transformations profondes et multiples. « Six siècles d’art du livre - de l’incunable au livre d’artiste » brosse un tableau de cette histoire foisonnante à travers les ouvrages d’exception conservés au Musée des lettres et manuscrits et leurs différents aspects reliure, papier, illustrations, typographie). Des livres d’heures médiévaux somptueusement ornés aux livres d’artiste du XXe siècle, formidable champ d’expérimentation pour les créateurs, en passant par les incunables des débuts de l’imprimerie et les spectaculaires portulans, ce sont plus d’une centaine d'ouvrages qui sont présentés dans cet hommage à la beauté et la richesse du livre considéré comme un art.

Les visuels de l'exposition destinés à la presse sont disponibles dans l'espace presse du site.

Le mot de Gérard Lhéritier, président du Musée des lettres et manuscrits

C’est un véritable voyage à travers les siècles auquel vous convie le Musée des lettres et manuscrits avec sa nouvelle exposition « Six siècles d’art du livre - de l’incunable au livre d’artiste ». Le livre, véritable reflet d’une société et d’une époque, résulte d’une savante architecture comme le confia un jour l’éditeur et marchand de tableaux Ambroise Vollard à un ingénieur américain : « Il est plus difficile d’établir un livre que de construire tout un quartier voire des villes entières, New York, Chicago ou Philadelphie ». Et Vollard parlait en connaissance de cause ! Il est aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers du livre de peintre et l’un des plus grands éditeurs du XXe siècle. Le Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard en 1900 fut le premier titre de son catalogue et laissait augurer d’une riche et intense production éditoriale. Suivre l’évolution du livre, sa forme, sa technique, son esthétique au cours de ces six derniers siècles, tel est le propos de cette exposition.
Vous cheminerez ainsi parmi une centaine d’ouvrages, parmi les plus marquants de leur époque, et vous serez à même de mieux comprendre leur conception, leur réalisation et leur dimension artistique. La typographie, l’illustration, la mise en page, la reliure qui participent à la mise en œuvre de tous ces livres sont particulièrement mises en valeur à travers l’exposition. Un volet didactique vous apportera en outre toutes précisions utiles sur les principales techniques de reproduction des textes et des images,sur la fabrication du parchemin et du papier, sur la réalisation d’une reliure d’art. Un documentaire sur différents ateliers encore en activité, que ce soit dans le domaine du parchemin, du papier, de la reliure, de la gravure ou de la lithographie sera ainsi proposé à nos visiteurs dans le cadre de cette exposition.
Grâce à un partenariat conclu avec l’Atelier du Livre d’art et de l’Estampe de l’Imprimerie nationale et de prêts consentis par le Musée du parchemin de Rouillon et l'atelier de reliure Florent Rousseau, plusieurs outils et matériaux utilisés dans ces ateliers seront également exposés afin de montrer la permanence de ces métiers du livre à travers les siècles. Enfin, un tableau chronologique vous permettra de resituer les différents livres exposés dans leur époque et vous aidera à repérer les principales étapes de cette longue histoire du livre.

Le livre contre vents et marées, Pascal Fulacher, commissaire de l'exposition
Au terme de ces dix années d’acquisitions de livres anciens et modernes, le Musée des lettres et manuscrits peut s’enorgueillir de conserver parmi les plus belles œuvres du patrimoine bibliophilique français. Sa collection de livres rares et précieux est significative de son vif intérêt pour le livre de qualité, tant dans les domaines de la littérature que de l’art ou des sciences.
Patiemment constitué au fil des ans, cet ensemble forme aujourd’hui une collection riche de plusieurs centaines d’ouvrages sur une période qui s’étend du XVe siècle à nos jours. Les tout premiers livres imprimés, appelés « incunables », figurent en bonne place dans cette collection : ils en sont le point de départ ainsi que de l’exposition qui en découle. Le plus souvent somptueusement enluminés et enrichis de miniatures - véritables peintures réalisées par de grands peintres de l’époque - ils préfigurent en quelque sorte le livre moderne, illustré par les meilleurs artistes de leur temps.
Quelques livres manuscrits, en grande partie des livres d’Heures, sont là pour souligner la continuité et la permanence du livre, depuis l’invention du codex. N’oublions pas que les livres manuscrits continuèrent à être produits bien au-delà de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, et que les premiers livres imprimés prirent modèle sur leurs ancêtres durant plusieurs décennies.
La Renaissance fut également pour le livre une époque de profonds renouvellements tant dans sa forme que dans ses contenus. Alde Manuce à Venise diffusa à travers une production éditoriale de qualité les grands auteurs grecs et latins, contribuant à faire redécouvrir la littérature de l’Antiquité. De nouveaux caractères, tels que le Garamond, et de nouveaux formats, proches de nos livres de poche contemporains, virent le jour. Dans le domaine de la reliure, les décors et les matières se renouvelèrent également, contribuant à faire de cet artisanat un art à part entière.
Le livre poursuivit sa lente mais profonde évolution au cours des XVIe et XVIIe siècles. De nombreux ornements, telles que les vignettes, ainsi que les frontispices, vinrent enrichir les livres au fi l du temps. Le XVIIIe siècle vit ressurgir les peintres dans les ouvrages destinés à l’aristocratie et à la noblesse : Boucher et Oudry signèrent ainsi parmi les plus belles illustrations de ce siècle, le premier pour les Œuvres de Molière, le second pour les Fables de La Fontaine. Mais le siècle des Lumières fut aussi celui de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et celui des découvertes de contrées plus ou moins lointaines marquées par des ouvrages superbement illustrés comme celui de James Cook, Troisième voyage à l’Océan Pacifique (Paris, 1785).
Le XIXe siècle connut une grande diversité éditoriale grâce à de nouvelles techniques de reproduction telle que la lithographie, et à une nouvelle clientèle de bibliophiles aux goûts très éclectiques. L’image finit par s’imposer dans la plupart des éditions et domina largement tant dans le livre populaire que dans le livre de luxe.
Débuta alors la vogue du livre illustré qui se poursuivit au cours de la première moitié du siècle suivant. Des milliers de livres, illustrés par des dessinateurs mais également par des peintres, surgirent ainsi au fil des décennies. D’importants éditeurs, parfois aussi des marchands de tableaux, voire des sociétés de bibliophiles ou de simples passionnés publièrent des livres dont certains figurent en bonne place dans l’histoire de l’art moderne.
La seconde moitié du siècle vit naître de nouvelles formes de livres, appelés livres d’artistes, dans lesquels l’artiste s'impliqua de plus en plus fortement, faisant de ces ouvrages des œuvres d’art à part entière. L’art de la reliure s'adapta patiemment à ces évolutions, acquérant peu à peu son autonomie.
À l’issue de ce survol de six siècles d’art du livre, le visiteur sera à même de mieux situer les grandes évolutions du livre imprimé, de ses origines à l’époque contemporaine. Des évolutions à la fois techniques, économiques et esthétiques qui ont abouti au livre que nous connaissons aujourd’hui. Un livre aux potentialités infinies qui a su s’adapter aux multiples contraintes de son temps. Face au numérique, le livre a encore de beaux jours devant lui, comme l’attestent cette exposition et le livre qui l’accompagne.

Autour de l'exposition
Un livre
Six siècles d’art du livre - De l’incunable au livre d’artiste (coédition Citadelles & Mazenod / Musée des lettres et manuscrits) Auteur : Pascal Fulacher
39 €, 304 pages, environ 260 illustrations - Isbn : 978 2 85088 543 3
Relations presse Citadelles & Mazenod : Louise Rossignol - 06 63 22 90 00 - louise@lr2s.fr

Un court-métrage
Un épisode de la série Post Scriptum (programmes courts dont chaque épisode est consacré à un manuscrit, une coproduction Musée des lettres et manuscrits / WebTvCulture) consacré au portulan de François Ollive sera diffusé sur TV5 durant les journées du Patrimoine (15 et 16 septembre 2012).

Sur la route de Jack Kerouac : L'épopée, de l'écrit à l'écran

Musée des lettres et manuscrits (16 mai - 19 août 2012)

Le Musée des lettres et manuscrits présente, en partenariat avec MK2, une exposition consacrée à l’un des plus mythiques romans de la littérature américaine. C’est la toute première fois que le tapuscrit de 36 mètres sur lequel Jack Kerouac coucha voilà 60 ans la
première version de Sur la route, considéré comme le manifeste de la beat generation, sera exposé en France.
Cette exposition est proposée à l’occasion de la sortie en salles (le 23 mai) du film de Walter Salles Sur la route.

Le mot de Gérard Lhéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits

Entre le 2 et 22 avril 1951, Jack Kerouac écrit un roman de 125 000 mots sur un support papier de 36,50 mètres de long. Il a 29 ans.
En grande partie autobiographique, une soudaine fi èvre scripturale l’entraîne à écrire un livre en prose spontanée, empruntée aux techniques du Surréalisme inspirée par son compagnon de voyage Neal Cassady.
« Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphes… l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route. » écrit Jack Kerouac en mai 1951. Le rouleau imprimé et édité (en 2007) comporte un seul paragraphe de 370 pages, sans marge et sans chapitres.
« Je vais me trouver un rouleau de papier pour couvrir les étagères, je vais le glisser dans la machine, et je vais taper à toute vitesse, à toute berzingue, au diable les structures bidons, après on verra »… « j’ai écris ce livre sous l’emprise du café… 6 000 mots par jour, 12 000 le premier jour et 15 000 le dernier… ».
Il préparait sa route depuis 1947, au moyen de dizaines de carnets et de notes manuscrites. De jeune romancier, Jack Kerouac va devenir l’écrivain le plus expérimenté, le plus doué de sa génération, qui le propulsera au sommet de la littérature américaine, avec la « littérature de l’instant ».
Après plusieurs refus d’éditeurs et de sérieuses modifi cations, le Rouleau tapuscrit sera fi nalement publié par les éditions Viking en 1957, et trois ans après en France par la maison Gallimard. C’est cette version plus courte et expurgée de ses passages les plus sulfureux que le public connaîtra jusqu’à ces toutes dernières années.
L’aventure des amis de Kerouac sera un énorme best-seller et un symbole pour de nombreuses générations. Il sera traduit dans le monde entier.
À l’occasion du 50ème anniversaire de la publication initiale, Viking décide de publier le tapuscrit original en 2007, et trois ans plus tard par les éditions Gallimard, en 2010, pour la version française, sous le titre Sur la route - le rouleau original.
En mai 2001, Christie’s organise une vente aux enchères à New-York et présente le tapuscrit de Jack Kerouac. Le marteau marque le Rouleau au prix exceptionnel de 2,5 millions de dollars. Il est acquis par Jim Irsay, amateur de rock et propriétaire de l’équipe de football les Colts d’Indianapolis.
Jack Kerouac est né le 12 mars 1922 dans une famille d’origine canadienne-française, et nous célébrons ainsi, avec cette exposition, le 90ème anniversaire de sa naissance.
Francis Ford Coppola avait acquis en 1968 les droits sur le livre, aujourd’hui la société de production MK2 et Walter Salles l’ont réalisé et il sortira en salle le 23 mai.
Et pour la première fois, le célèbre rouleau prend la route vers la France pour rejoindre le Musée des lettres et manuscrits de Paris qui va l’exposer pendant trois mois.

Le mot d'Estelle Gaudry, commissaire de l'exposition

Cette route ancrée dans le sol, symbole de la vie, s’est évidemment imposée comme le fi l conducteur de l’exposition. Comme son titre l’indique, celle-ci se concentre principalement sur l’œuvre mythique de l’écrivain américain Jack Kerouac, Sur la route, à l’occasion de la sortie du fi lm de Walter Salles. Une vitrine centrale de neuf mètres de long, spécialement conçue pour l’événement, accueille le manuscrit emblématique, un rouleau de papier de 36 mètres sur lequel l’auteur a tapé frénétiquement à la machine, en avril 1951, le texte de Sur la route.
Le rouleau, à l’écriture rythmée et foisonnante, est exposé telle une longue route américaine autour de laquelle défi lent des paysages : paysage de la vie de Kerouac, paysage de son amour pour la littérature, paysage de ses rencontres, paysage de la réalisation du fi lm. Le paysage de sa passion pour la littérature est évoqué à travers des pièces autographes d’Arthur Rimbaud, de Céline ou bien encore de Balzac… celui de ses rencontres avec Neal Cassady, William S. Burroughs, Allen Ginsberg… le paysage du film avec les croquis des décors conçus par Carlos Conti, les photographies du tournage et le scénario annoté du réalisateur Walter Salles, généreusement offert au Musée des lettres et manuscrits.
Ces différents éléments permettent de redécouvrir un homme qui avance, en quête de liberté, explore tous les sens et se fraye un chemin aboutissant à la rédaction de ce monument de la littérature américaine. Une rédaction faite de mouvements, d’arrêts, de redémarrages et d’accélérations d’un poète qui aime par-dessus tout la musicalité des mots et qui retranscrit la vie avec acuité grâce à son instrument de prédilection, sa machine à écrire.
Le rouleau, tel un bloc, un pavé brut de prose spontanée, condense les sensations ressenties et celles imaginées. Sans chapitre ni paragraphe, il s’arrête aux portes de la ville, avec cette question : que faire de sa vie ?

Revue de presse de l'exposition

Titanic, 100 ans après

Musée des lettres et manuscrits (12 avril - 29 août 2012)
Exposition prolongée jusqu'au dimanche 9 septembre inclus

À l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, le Musée des lettres et manuscrits expose une vingtaine de documents et manuscrits, dont celui d’Helen Churchill Candee, qui a inspiré James Cameron pour le personnage de Rose.
Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, le gigantesque et réputé insubmersible paquebot Titanic de la compagnie transatlantique White Star Line sombre au large de Terre-Neuve, cinq jours après sa mise à fl ot pour son voyage inaugural entre Southampton et New York. La catastrophe entraînera la mort de plus de 1 500 passagers et hommes d’équipage, la plupart toujours prisonniers des entrailles du bateau, par plus de 3 500 mètres de fond. Parmi les 700 rescapés se trouve une romancière américaine, Helen Churchill Candee (1858-1949), immortalisée dans le célèbre fi lm de James Cameron sous le nom de Rose et les traits juvéniles de Kate Winslet. Cette femme aisée, libre et divorcée avait en réalité 53 ans et venait d’interrompre un voyage en Europe pour se rendre au chevet de son fi ls victime d’un accident d’avion. Elle relata le voyage et le terrible naufrage dans un carnet manuscrit de 36 pages, désormais conservé au Musée des lettres et manuscrits de Paris.
Un siècle après ce drame profondément ancré dans la mémoire collective, réactivé il y a quinze ans par le film de James Cameron et tout récemment par le naufrage du Costa Concordia, le Musée des lettres et manuscrits expose plusieurs documents et manuscrits directement liés au naufrage du Titanic autour de cette pièce majeure qu’est le carnet d’Helen Churchill Candee, dont voici quelques extraits : « […] nous dérivons ainsi, regardant, regardant d’un air hébété le grand navire brillant. Je ne suis consciente de rien d’autre que de son immensité, de sa beauté et de la diminution de la longueur des rangées de hublots éclairés. L’étrave endommagée a désormais disparu sous l’eau. L’unique espace de pont déborde en l’air au-dessus de l’arrière du navire et, en cet endroit diminué, se blottit un groupe de passagers entassés attendant la mort avec un transcendant courage et un calme qui a été le leur durant les deux dernières heures. » Le carnet se termine par ces lignes, alors que le paquebot Carpathia vient au secours des naufragés : « Je regarde et vois une coque noire au loin. Il y a de l’animation dans le canot, et de l’espoir sur les visages blêmes. Nous changeons de cap et le vent nous aide à parcourir les lieues dans la houle. Mais je suis avec ceux dont les âmes se sont envolées. Ils doivent être encore proches, hésitant à nous quitter, avides de donner leur courage et leur altruisme à ceux dont la vie n’est pas terminée. Bouillonnant audessus de la surface des eaux, j’aperçois la divinité de l’homme et le triomphe de l’esprit. Je me réveille sur le Carpathia alors qu’une main pleine de bonté verse un verre de whisky dans ma gorge. »

Les messages secrets du Général de Gaulle - Londres 1940-1942

Musée des lettres et manuscrits (10 novembre 2011 - 29 avril 2012)

Le Musée des lettres et manuscrits présente une découverte historique majeure : les messages secrets envoyés par le Général de Gaulle à ses compagnons, cadres dirigeants de la France libre, mais aussi à Churchill ou Staline depuis Londres entre décembre 1940 et décembre 1942. Dans un corpus de 313 messages rédigés de la main du chef de la France Libre, précieusement conservés depuis 70 ans dans la même famille et découverts par Gérard Lhéritier, le musée présente une sélection de quelque 200 messages qui témoignent de l’extraordinaire force de caractère, de l’intransigeance, de la volonté et de la stature d’un homme qui depuis son exil londonien ou lorsqu'il se déplace en Afrique ou au Moyen-Orient infl échit le sort de son pays et le cours de la guerre.

Un an tout juste avant l’ouverture de la présente exposition, en novembre 2010, une personne contacte Gérard Lhéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits, en lui affirmant être l’émissaire d’un « collectionneur » qui est en possession de quelques centaines de messages autographes rédigés par de Gaulle alors qu’il était à Londres entre 1940 et 1942 ! Gérard Lhéritier croit tout d’abord à une plaisanterie : un seul message de guerre manuscrit de Charles de Gaulle relève de la rareté absolue, que dire de 313… Devant l’insistance de son interlocuteur, il rencontrera le fils d’une certaine Marie-Thérèse Desseignet qui a dirigé le pool dactylographique du
Général pendant la guerre. Gérard Lhéritier, qui s’attend à feuilleter des photocopies, découvre avec stupéfaction et une grande émotion des originaux de la main du Général. S’ils n’évoquent pas tous la situation de la France « intérieure », ces messages concernent les pays de l’ancien Empire français de l’Afrique, de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient ou du Pacifique. C’est dans certains de ces pays dont on parle tant aujourd’hui (Algérie, Maroc, Tchad, Liban, Syrie, Libye) que va se jouer le destin de la
planète. Ces 313 messages souvent inédits (le Général de Gaulle en a annexé un certain nombre dans ses Mémoires de Guerre), et totalement inconnus sous leur forme manuscrite originelle sont truffés de ratures, d’ajouts et de corrections d’un homme en guerre contre la terre entière pour défendre et imposer l'idée qu'il se fait de la France et de la liberté.

Le mot de Gérard Lhéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits
L’histoire des messages secrets du Général de Gaulle et de leur découverte

Elle s'appelle Marie-Thérèse Desseignet, elle vit en Angleterre quand la guerre est déclarée. Dés l'été 1940, elle rejoint le premier État-major du Général de Gaulle. Elle devient, tout simplement, responsable du pool des dactylographes, des rédactrices et télégraphistes du Général de Gaulle qu'elle suivra ensuite à Alger.
Le Général de Gaulle comprend rapidement que la France est provisoirement sortie du champ de bataille, et que sans attendre l'organisation de sa résistance intérieure, il faut miser sur les forces de son empire, avec le concours des Anglais, des Américains et des Français de bonne volonté. Le véritable champ de bataille de la Seconde Guerre mondiale va devenir planétaire et se situer d'abord au Moyen-Orient, en Syrie et au Liban, en Afrique, dans le Pacifique, dans les territoires d'Outre-mer, tout comme en Russie ou en Asie.
Charles de Gaulle doit, en priorité, obtenir le ralliement des forces de l'Empire et déployer les couleurs de la France Libre dans le sable des déserts et de la France d'Outre-mer en général. Ses ordres codés sont donc adressés à la France et aux dirigeants qu'il a nommés pour diriger les combats au Moyen-Orient, en Afrique, et sur le restant de la planète.
Marie-Thérèse Desseignet les transcrit et les code avec son équipe, pour qu'ils soient télégraphiés. Une fois transmis, les documents sont rangés précieusement dans une boîte d’archives ou dans une chemise.
1940, 1941, 1942… tous les messages et manuscrits secrets sont là, classés, répertoriés.
Lorsque le Général de Gaulle part à Alger en 1943, Marie-Thérèse suit le mouvement et travaille à la Villa des Glycines. En 1944, lorsque l'État-major de la France Libre rejoint la France métropolitaine, Marie-Thérèse quitte Alger avec un peu de retard. Lorsqu'elle effectue une dernière visite dans les locaux de la France Libre pour y chercher ses affaires, les lieux sont vides et elle découvre, oublié dans un placard, un dossier dans lequel figurent 313 des messages qu'elle avait personnellement corrigés, fait dactylographier, coder puis télégraphier à la demande de leur auteur, alors que de Gaulle était à Londres. Dans ce dossier ne figure que la majeure partie des ordres envoyés par le Général entre le 11 décembre 1940 et le 11 décembre 1942.
Elle fait alors prévenir le Général de Gaulle qu'elle est en possession de ses documents originaux. Charles de Gaulle lui répond alors :
« Gardez- les, ils sont entre de bonnes mains ».
Lorsque le Général de Gaulle revient à l'Élysée en 1958, Marie-Thérèse Desseignet fait prévenir le nouveau Président de la République qu'elle est toujours en possession de ses manuscrits et messages secrets de Londres et de la France Libre. Le Général lui répond de nouveau :
« Gardez-les ! »
Les messages et manuscrits resteront au sein de sa famille, jusqu'à ce jour.
Ces 313 messages originaux concernent majoritairement les ordres que le Général de Gaulle donne à ses compagnons, cadres dirigeants de la France Libre, chargés de piloter les combats militaires et politiques de la liberté au Moyen-Orient, en Afrique et dans le Pacifique. Ils portent presque tous sur la période 1941-1942 et sont majoritairement destinés aux Généraux Larminat, Catroux, Koenig, Legentilhomme, Petit, Leclerc, à l’Amiral Muselier, à l'Amiral d'Argenlieu, à Pleven, Cassin et Palewski. Ils sont adressés de façon plus exceptionnelle à Churchill, Dejean, Tixier, Félix Eboué, et par ailleurs, quelques messages uniques sont adressés à Staline et au Docteur Schweitzer.
Ces messages sont tellement précieux que Charles de Gaulle en a publié certains en annexe de ses « Mémoires de Guerre » et que d'autres ont été repris dans « Charles de Gaulle, Lettres, notes et carnets », aux éditions Robert Laffont.
Ils montrent le Général faisant son métier de militaire et d'homme d'État, de timonier de la France Libre, avançant ses pions sur l'échiquier de ces territoires du monde qui ont été sous-estimés par l'ennemi.
Au fil de ces 313 messages « secrets » qui ont été codés et transmis, Charles de Gaulle apparaît à la fois ferme, intransigeant, autoritaire, déterminé, entêté, attendri, coléreux, soucieux de l'indépendance de la France et de la préservation des intérêts de la Nation devant des alliés anglais et américains dont il ne cesse de contrer l'hégémonisme permanent ainsi qu'une certaine tendance à vouloir monopoliser le pilotage des opérations. De Gaulle affronte sur les territoires de l'ancien empire le principe de réalité des mentalités humaines : des compagnons et des alliés trop facilement divisés par des ambitions personnelles ou partisanes.
À la lecture de ces manuscrits et messages secrets, on a du mal à ne pas être fasciné par l’incroyable force de caractère, par l’insurmontable entêtement du Général de Gaulle, par ses qualités de stratège dans le club très fermé des géants qui s’affrontent sur la planète. On a du mal à ne pas éprouver une formidable empathie pour celui qui s’était fixé pour objectif de faire bouger les montagnes et qui y parvint.
L’on ne peut pas ne pas évoquer les instants de solitude et de découragement vertigineux qui devaient l’assaillir au fi l de ses déconvenues, lorsqu’il pouvait arriver que ce soit la presse qui le mette au courant des opérations historiques et décisives déclenchées par ses alliés.
Je rends hommage à Marie-Thérèse Desseignet d’avoir su si bien sauvegarder ces messages historiques que le Général de Gaulle lui avait confiés un jour et d’avoir permis qu’ils réapparaissent aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard, pour le grand profit des générations de ce nouveau siècle.
Avec cette découverte exceptionnelle, le Musée des lettres et manuscrits dévoile un pan à la fois intime et historique, tant les deux sont mêlés chez le Général de Gaulle, d'un homme dont on croit tout savoir. Si tous ces messages ne peuvent, pour des raisons de confort de visite et de rythme scénographique, être exposés, ils sont tous mis à disposition du public et des chercheurs puisque cinq institutions dépositaires de la mémoire et des archives du Général de Gaulle et de la France Libre (BNF, Archives de France, Musée de l’Ordre de la Libération, Fondation Charles de Gaulle, Fondation de la France Libre) auront accès dès novembre 2011 à l’intégralité des 313 messages numérisés ainsi qu’à leur transcription.
Le Musée des lettres et manuscrits demeure ainsi fidèle à sa volonté de partage et d’ouverture au plus grand nombre.

Le mot du commissaire de l'exposition, Jean-Pierre Guéno
Sous la coordination de Gérard Lhéritier, Jean-Pierre Guéno a effectué un choix de quelque 200 messages secrets du Général de Gaulle, parmi les 313 qui nous sont parvenus. Un ensemble unique et inédit présenté sur une surface de 100 m2 où le visiteur découvre à lafois l’homme privé, le chef de guerre et l’homme d’Etat. Agencée de manière essentiellement thématique,tout en respectant les points de repère chronologiques indispensables, l’exposition donne une place essentielle au contenu de ces manuscrits qui couvrent la période 1940-1942. Une période très chaude faite d’hésitations, de décisions, de coups de théâtre, de ralliements et de coups durs, de victoires et de désastres, alors même que les ennemis du monde libre continuent leur montée en puissance et qu’il faut s’efforcer d’enrayer la course du rouleau compresseur nazi. Deux ans pendant lesquels le Général de Gaulle réalise qu’il ne faudra rien laisser au hasard et fédérer dans la bataille les Américains, les Britanniques, les Soviétiques, l’ancien empire colonial français, et en fin de compte les Français eux-mêmes, pour gagner la guerre, mais surtout pour gagner la paix qui la suivra dans des régions du monde qui font l’actualité de ce début de XXIe siècle. 200 manuscrits qui retracent jour après jour, de vitrine envitrine, la volonté, l’autorité, la force de caractère, la détermination, la solitude d’un homme : le Général de Gaulle. De celui qui a su enraciner la France Libre à l’extérieur de ses frontières pour mieux y réimporter la France Combattante. De celui qui a su obtenir le ralliement des pays de l’ancien Empire français. De celui qui a su donner à son action quotidienne une dimension planétaire ! Au-delà de l’homme lui-même, l’histoire s’incarne sous les traits des chevaliers de la France combattante qui reçoivent ses ordres, dans la silhouette d’une Française libre, Marie-Thérèse Desseignet, qui a su sauver de l’oubli puis transmettre les brouillons de ces messages secrets. Panneaux didactiques, photographies, schémas explicatifs apportent des réponses à toutes les interrogations des visiteurs. Une exposition qui parle au cœur en même temps qu’à l’esprit et qui nous rappelle la véritable dimension d’un homme d’État qui a toujours su placer les intérêts de son pays et l’intérêt général des Français au-dessus de ses intérêts personnels. Chaque mot, chacune des ratures qui composent les brouillons des messages secrets du Général de Gaulle reproduisent le beau souffle, la belle écriture, les courbes du sismographe d’une écriture : celle de la liberté en marche.

Découvrir le catalogue

Georges Simenon, parcours d'un écrivain belge

Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles
Galerie du Roi 3, 1000 Bruxelles
23 septembre 2011 - 24 février 2012

L’exposition inaugurale est consacrée à l’un des grands écrivains du XXe siècle, dont les tirages sont estimés à 550 millions d’exemplaires, et que l’Annuaire Statistique de l’Unesco de 1989 place au dix-huitième rang toutes nationalités confondues, au quatrième rang des auteurs de langue française et au premier rang des auteurs belges les plus traduits dans le monde : Georges Simenon. Né à Liège le 12 février 1903 et mort à Lausanne le 4 septembre 1989, Simenon fut journaliste, auteur sous quelque 25 pseudonymes de 176 romans populaires, et de plus de 200 romans, 155 nouvelles et 25 textes autobiographiques sous son propre nom. Il doit sa célébrité auprès du grand public à ses romans policiers, et tout particulièrement au commissaire Maigret, qui de 1931 à 1972 promène sa perspicacité nonchalante et bourrue à travers 75 romans et 28 nouvelles, éclipsant quelque peu au passage une œuvre au ton unique.
L’exposition du Musée des lettres et des manuscrits de Bruxelles décline sur un mode chronologique la vie et de l’œuvre de Georges Simenon, en huit parties : « Une jeunesse liégeoise et le départ pour Paris », « Georges Simenon et Liège », « Georges Simenon et Tigy Renchon », « Georges Simenon et Maigret », « Georges Simenon et l’après-guerre », « Georges Simenon et l’écriture », « Georges Simenon, l’Amérique et Denyse Ouimet » et « Georges Simenon et le retour en Europe ».
Seront présentées sur des cimaises inaugurées pour l’occasion environ 160 lettres et manuscrits de Georges Simenon, ainsi qu’une vingtaine d’écrits de ses contemporains (entre autres Gide, Sartre, Cocteau ou Céline) ou auteurs de prédilection (notamment Balzac, Flaubert, Verne ou Dumas).
Une triple grille de lecture sera proposée dans chaque vitrine de l’exposition, permettant d’aborder de manière
complémentaire le personnage et l’œuvre de Simenon.
• La collection des lettres et manuscrits du Musée. L’exposition fait ainsi la part belle aux lettres, mais surtout aux manuscrits du père de Maigret.
• Les photographies. Simenon, particulièrement médiatisé, nous a laissé d’importantes archives iconographiques sur les différentes étapes de sa vie et de sa carrière ainsi que sur son entourage et ses rencontres. On pourra ainsi le voir aux côtés de Jean Gabin, Joséphine Baker, Jean Cocteau, Marcel Pagnol, Michel Simon…
• La présentation de manuscrits des contemporains de Simenon. Si ses rapports avec les grands de son temps sont parfois complexes, l’exposition insiste sur les liens ou les infl uences pouvant l’unir à François Mauriac, Max Jacob, Céline, Colette, Kessel ou Camus.
Le parcours insiste notamment sur l’hommage rendu par André Gide à Georges Simenon, qu’il considérait en 1937 comme « le plus grand de tous, le plus vraiment romancier que nous ayons en France aujourd’hui ». Le 15 janvier 1939, Simenon écrit au Prix Nobel de Littérature : « il faut essayer, sentir. Avoir boxé, menti… Avoir tout fait, non à fond, mais assez pour comprendre… ». Les deux hommes se rencontrent dans les couloirs de la maison Gallimard. Gide veut s’entretenir séance tenante avec le « phénomène » Simenon. Il est plein d’admiration pour l’auteur des Maigret qu’il bombarde de questions. C’est à ces mêmes questions sur le parcours de l’écrivain belge que l’exposition tentera de répondre…

Des lettres et des peintres (Manet, Gauguin, Matisse)

Musée des lettres et manuscrits (29 avril - 28 août 2011)

 À travers la correspondance privée des plus grands peintres, le Musée des lettres et manuscrits donne à l’art des 19e et 20e siècle des couleurs inédites. Au fil de lettres touchantes où la petite histoire croise la grande, cinquante artistes nous ouvrent les coulisses de leur existence et de leur création : Monet lance auprès de ses amis impressionnistes une souscription pour offrir l’Olympia au Louvre, Manet dépeint dans une lettre à Eva Gonzalès, envoyée par ballon monté, un Paris assiégé dont les habitants affamés en viennent à manger chats et chiens, Fernand Léger écrit du front à sa fiancée, « [s]on Janot », des lettres ornées de dessins, Eugène Boudin déplore depuis Deauville un climat dont la rigueur nuit à son travail, Magritte évoque la fondation de l’Internationale Lettriste, Renoir confie à Mallarmé qu’une rage de dents retarde l’achèvement de son portrait et Dalí invite Eluard à manger du poisson à Arcachon.

Le Musée des lettres et manuscrits signe le premier anniversaire de son installation au 222 boulevard Saint-Germain par l’exposition de deux siècles d’art à travers un exceptionnel ensemble d’environ deux cents lettres des plus grands peintres qui ont traversé cette période. Manet, Gauguin, Matisse, Delacroix, Dalí et les autres… une cinquantaine de peintres tous plus célèbres les uns que les autres composent ce panorama de deux siècles d’art et d’histoire et nous ouvrent les portes de leur vie privée, amicale, amoureuse et professionnelle à travers les mots et les dessins adressés à leurs proches. Cette approche tout à fait originale touche en premier lieu la sensibilité du visiteur, éveillée par l’écriture manuscrite elle-même, mais aussi par la gamme d’émotions exprimées dans ces lignes, de l’amour à l’amitié, de l’humour à la colère, comme autant de relais des projets, des frustrations, des recherches ou des espoirs de ces artistes. Mais si l’amateur en nous d’histoires et d’anecdotes trouvera plaisir à parcourir ces missives, le féru de la grande Histoire sera lui aussi comblé : à travers ces lettres où se raconte la vie des peintres, c’est la société de leur temps, la guerre parfois, la politique, les avancées techniques et sociales qui se dévoilent à travers ces correspondances. Enfin, l’histoire de l’art bien sûr s’enrichit grâce à ces lettres de précieux documents : à travers les écrits de Pissarro à Gauguin, de Monet à Signac, de van Gogh à son marchand Durand-Ruel, de Monet à Mallarmé ou de Courbet à Victor Hugo, ce sont la passion de ces artistes, leurs convictions, quêtes et découvertes qui s’offrent à nous, enrichies souvent de dessins originaux.

Le mot du président du Musée, Gérard Lhéritier
Du 29 avril au 28 août 2011, le Musée des lettres et manuscrits présente sa prestigieuse collection de lettres de peintres du début du 18 e  au milieu du 20 e  siècle. Dans cette correspondance, les artistes se livrent, parlent de leur travail, de leurs relations, de leurs
sentiments. Toutes choses qui peuvent permettre de mieux comprendre leur œuvre. Comment détacher la peinture, le monde de l’art en général, du monde sensible, quand l’un des mouvements fondateurs de l’art moderne, l’Impressionnisme, se base sur le ressenti, l’altération de la réalité pour rentrer dans le domaine de la sensation ? Parfois, au hasard d’une lettre, le nom d’une œuvre est mentionné. La magie fait alors que la toile même commence à apparaître sous les mots. Les relations entre les peintres se dessinent (Monet et Manet), les amours des peintres se révèlent (Géricault et Mme Trouillard), Manet évoque Vélasquez quand Pissarro parle de l’art de Gauguin, Kandinsky et Delaunay livrent leurs théories sur l’art quand Chagall raconte librement son parcours et ses inspirations. Voilà bien l’intérêt ultime de ces lettres : montrer, tel un manuel d’histoire de l’art aux feuillets épars, que ceux qui furent à l’aube de leur carrière des renégats de l’art, marginaux et conspués, s’organisent pour enrichir leur travail et justifier leurs choix. Juste retour des choses, ces « Refusés » sont aujourd’hui les artistes les plus connus et reconnus. Pour leurs qualités artistiques maintenant indéniables mais aussi pour leur courage. Il en fallait pour renouveler les standards de la représentation figurative puis passer à l’abstraction. Une invitation au rêve et au voyage, qui vous emmène de Paris à Barbizon, d’Auvers-sur-Oise à Londres, de l’Estaque aux Marquises, de Moscou à Rome.

Pour découvrir le reportage de Télématin sur France 2 du 25 juin 2011.

Pour découvrir le reportage de Tous les goûts sont dans la culture sur Direct 8 du 3 juillet 2011.

Romain Gary - des Racines du ciel à La Vie devant soi

Musée des lettres et manuscrits (3 décembre 2010 - 20 février 2011)
Prolongation jusqu'au 3 avril 2011

Trente ans après sa disparition (le 2 décembre 1980), le Musée des lettres et manuscrits fait revivre à travers ses écrits Romain Gary, l’homme au deux Goncourt, le mystificateur sublime, héros, diplomate, écrivain, cinéaste, grand reporter, grand séducteur, dans toute sa complexité et son humanité vibrante et douloureuse.
À travers quelque 160 pièces uniques, notamment un premier roman totalement inédit, et divers manuscrits, lettres autographes, articles de presse et photographies, voici le portrait kaléidoscopique de celui qui éprouva si bien « l’effort d’être un homme ».

Le mot de Gérard Lhéritier, Président du Musée des lettres et manuscrits
La qualité des expositions dans la sélection des manuscrits, c’est la promesse de l’aube faite par le Musée des lettres et manuscrits, ces racines qui devaient nous conduire un jour au ciel de Romain Gary. Ce sera chose faite à partir du 3 décembre, au lendemain du trentième anniversaire de sa disparition, avec une exposition consacré à ce prodigieux écrivain. Cet homme est un mystère à plusieurs visages, l’approcher au plus près, un défi. Le seul chemin pour y parvenir est bien sûr d’aller au plus intime de ses manuscrits les plus authentiques, les plus mystérieux. C’est ce que va permettre pour la première fois en France et dans le monde cette exposition exceptionnelle qui rassemble la plus importante collection d’écrits de Romain Gary. Cet événement culturel unique et inédit mobilise déjà les chercheurs et les critiques, les éditeurs et les biographes.
C’est sous le nom d’Emile Ajar (« braise » en russe) que Romain Gary va susciter le plus fameux scandale littéraire du XXe siècle. Souffrant d’être incompris par une critique dont il veut mettre les préjugés à l’épreuve, il s’invente une autre identité et rédige plusieurs romans avec une créativité renouvelée, dont Gros-câlin (1974), La Vie devant soi (1975), et L’Angoisse du Roi Salomon (1979). Gary demande à son cousin Paul Pavlowitch d’assumer ce personnage auprès des médias, mystification qui ne sera révélée qu’après sa mort, et faisant de Romain Gary le seul auteur ayant obtenu deux fois le prix Goncourt, en 1956 pour Les Racines du ciel puis en 1975 pour La Vie devant soi. Traité avec une certaine condescendance par la critique de son vivant mais lu et apprécié par un public fidèle qui fait un triomphe à ses livres, Romain Gary a vu un certain nombre d’entre eux portés au cinéma, notamment Les Racines du ciel en 1958, réalisé par John Huston avec Errol Flynn, Juliette Gréco et Orson Welles, La Vie devant soi qui donne en 1977 un de ses plus grands rôles à Simone Signoret ou Clair de femme en 1979, réalisé par Costa-Gavras avec Yves Montand et Romy Schneider.
Jaloux de son indépendance, Gary s’est tenu à l’écart des coteries littéraires et politiques. La résistance est un mot-clé pour comprendre un auteur qui présente souvent des héros en lutte contre des puissances qui les dépassent. Son œuvre porte en filigrane la marque de son combat pour la Libération, à l’origine d’une fidélité jamais démentie au Général de Gaulle. Pilote de chasse dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL), résistant, diplomate, voyageur, homme de lettres et séducteur, il est le grand mystificateur des lettres françaises. Sa revanche posthume et jubilatoire contre ceux qui sous-estimaient Romain Gary et portaient Emile Ajar aux nues est celle de Janus, le dieu des portes, ouvertes dans ses temples en temps de guerre et fermées en temps de paix. Mais s’il est une guerre que Janus-Gary-Ajar a menée, c’est celle de l’humain contre la bêtise et, par son œuvre, de la vie contre la mort. Estimant qu’il avait passé la limite au-delà de laquelle son ticket n’était plus valable, il a prouvé par son dernier geste qu’il n’était pas besoin que l’arbre demeure sur pied pour que les racines montent pour toujours au ciel.

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 à 66 ans, lui qui avait affirmé «J’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais.»

Du mardi au dimanche de 10h à 19h
Nocturne le jeudi jusqu'à 21h30
Fermeture hebdomadaire le lundi

Catalogue de l'exposition

L'Académie française au fil des lettres, de 1635 à nos jours

Musée des lettres et manuscrits (16 septembre - 15 novembre 2010)

L’histoire de la collection unique exposée à l’automne au Musée des lettres et manuscrits commence avec la famille de Flers, qui a rassemblé, durant six générations, pas moins de 7 000 lettres et documents autographes émanant des quelque 700 Immortels ayant siégé à l’Académie française. Depuis la fondation de la vénérable institution en 1635, sous les auspices du Cardinal de Richelieu, jusqu’au 20e siècle et l’arrivée en 1980 de Marguerite Yourcenar, ils sont pour ainsi dire tous rassemblés dans cette exceptionnelle collection, commencée en 1824 mais connue à ce jour des seuls initiés et désormais conservée par le Musée des lettres et manuscrits.

Outre la découverte, toujours émouvante, de l’écriture de nos grands auteurs, l’occasion est unique de dresser une chronique vivante de l’Académie française, d’en présenter le fonctionnement, les travaux quotidiens, le protocole, d’en faire revivre les débats et querelles souvent vifs et passionnés à travers les siècles. Large spectre que celui de ces échanges, parlant tour à tour de finances, d’écriture, de désillusion amoureuse, de tactiques d’élection, de sciences ou de politique. Une place de choix est également réservée au fameux fauteuil 41, celui des refusés, où prennent place des écrivains aussi majeurs que Zola, Balzac, Jammes, mais aussi Constant, Molière et bien d’autres.

Un ouvrage coédité avec Gallimard établit, sous la direction de Thierry Bodin et Philippe de Flers, la chronique vivante de la Compagnie, dans ses travaux quotidiens, son protocole, ses traditions, comme au travers des crises et querelles qui ont marqué son existence. La préface est de Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, et les contributions d’Elisabeth Badinter, Christophe Barbier, Elvire de Brissac, Gabriel de Broglie, Hélène Carrère d’Encausse, Alain Decaux, Florence Delay, Michel Déon, Jean Dutourd, Jean-Paul Goujon, Jean M. Goulemot, Hubert Heilbronn, Olivier de Luppé, Stéphane Martin, Pierre Nora, René de Obaldia, Jean d’Ormesson, Yves Pouliquen, Pierre-Jean Rémy, Pierre Rosenberg, Florence Delay et Jean-Claude Yon.

Le mot du commissaire d'exposition.

L’exposition d’automne du Musée des lettres et manuscrits permet la découverte des écrits autographes de nos plus grands auteurs : une occasion unique de retracer la fondation de l’Académie française, d’en présenter le fonctionnement, les missions, et de faire revivre les débats animés de  cette institution qui fut, à travers les siècles, source de virulentes attaques et de dévouements sincères. Au fil des lettres exposées, on pourra découvrir l'histoire de l’Académie à travers des documents originaux de ses membres illustres et moins connus.

Le siècle de Louis XIV est représenté par un document original entièrement de la main de Pierre Corneille et des lettres signées de La Fontaine, Racine, La Bruyère et Paul Pellisson qui fut le premier historien de l’Académie.

Le siècle des Lumières est illustré par des pièces de Voltaire, du Cardinal de Rohan, de Marmontel, du comte de Buffon, ou le manuscrit autographe de Jean Le Rond d’Alembert au sujet de la réception solennelle de Voltaire à l’Académie.

La Révolution elle-même, qui s’est acharnée à effacer toute trace de l’Ancien Régime, n’est pas venue à bout de ce monument. Témoins de cet épisode historique, la lettre autographe signée de Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort, et le poème de Le Brun « Epigramme sur la destruction de lʼAcadémie ».

Séduire la « Vieille Dame » du quai Conti, telle est l’ambition du prétendant à l’immortalité. L’usage qui impose au candidat d’écrire au Secrétaire perpétuel pour formuler sa demande est présenté avec les lettres de candidature de Benjamin Constant, Charles Nodier, Paul Claudel, Marcel Pagnol… Les discours de réception quant à eux se doivent de vanter le mérite du prédécesseur (les ébauches de Montherlant à son discours de réception, le discours de Scribe, le tapuscrit corrigé de Claudel, les manuscrits de travail autographes signés de Ludovic Halévy et Henri Troyat… ou encore les discours controversés de Chateaubriand et Emile Ollivier).

La vie académique et son dictionnaire sont évoqués à travers la lettre d’Alary au sujet de la troisième édition du dictionnaire, le manuscrit de Claudel « Remerciement pour la remise de mon épée dʼacadémicien à Bruxelles », les placards d’épreuves du Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré, les différents prix de l’Académie et des récompenses prestigieuses.

Un grand nombre d’écrivains, souvent illustres, n’ont jamais franchi les portes de l’Académie, soit qu’ils n’y aient jamais été candidats, soit que leur candidature ait été rejetée. L’expression « 41efauteuil » a été inventée par l’écrivain Arsène Houssaye en 1855 afin de désigner ces auteurs : Molière, Balzac, Dumas père, Flaubert, Baudelaire, Zola, Proust. Le Musée des lettres et manuscrits accueille donc une collection qui éclaire l’histoire de France et l’histoire littéraire avec des pièces originales de poètes, romanciers, hommes de théâtre, philosophes, scientifiques, hommes d’Etat et hommes d’Eglise, qui ont tous immortalisé la langue française. Ainsi, sous la plume de nos plus grands auteurs, se dévoilent les histoires académiques.

Estelle Gaudry, commissaire de lʼexposition « LʼAcadémie française au fil des lettres ».

Catalogue de l'exposition

Proust, du temps perdu au temps retrouvé

Musée des lettres et manuscrits (15 avril - 29 août 2010)

Le musée des lettres et manuscrits, fondé par Gérard Lhéritier, ouvrira ses portes le 15 avril 2010 au 222 du boulevard Saint-Germain, sur une exposition consacrée à une figure majeure de la littérature, un écrivain dont la vie tout entière fut placée sous le signe de l’œuvre gigantesque qui le consuma, Marcel Proust (1871-1922).

À travers quelque 160 documents dont plusieurs n’ont jamais été publiés, le tout nouveau musée des lettres et manuscrits présentera un fonds exceptionnel consacré à Proust. Seront exposés aussi bien des lettres que des manuscrits, des dessins, des photographies ou des éditions originales, couvrant presque toute la vie adulte de l’écrivain, de 1894 à sa mort en 1922. Six pièces avaient déjà été montrées dans l’exposition « Marcel Proust » de la BnF en 1965 mais de nombreuses autres sont exposées pour la première fois et ne figurent pas dans l’abondante bibliographie consacrée à l’écrivain. L’essentiel de ces documents provient de deux collections récemment acquises par Aristophil, et exposées au sein du musée : d’une part celle d’André Maurois (auteur d’une remarquable biographie de l’écrivain) et son épouse Simone de Caillavet (fille d’amis de Proust, à l’origine du personnage de Mademoiselle de Saint-Loup dans La Recherche) et d’autre part celle de Suzy Mante-Proust, nièce de l’écrivain. Cette source inestimable sur la vie de l’auteur comme sur la genèse de son grand œuvre contient des informations précieuses sur la structure de La Recherche, qu’il appelle son « roman plein de malédictions ».

Proust confie ainsi son peu d’affection pour Swann, ou ses réticences à l’égard de À l’Ombre des Jeunes Filles en fleurs, qu’il trouve « trop fade ». Cette correspondance est également riche d’informations sur les personnes qui, dans l’entourage de Proust, en ont inspiré les personnages, soit qu’il les évoque dans ces lettres, soit qu’elles leur soient adressées (ainsi de Gilberte Swann, inspirée par Jeanne Pouquet - mère de Simone de Caillavet -), du baron de Charlus qui doit beaucoup au comte de Montesquiou, ou d’Albertine, qui emprunte à Alfred Agostinelli et Albert Nahmias, pour ne prendre que ceux-là). On découvre également de nombreuses considérations de l’écrivain sur la vie, sur l’amitié, sur l’amour (à Léon Bélugou en 1906 : « y a-t-il un amour que la présence de ce qu’on aime n’affaiblisse ? »), sur le temps fugace (à sa mère : « dis-toi que cette lettre est l’expression d’une réalité fugitive qui ne sera plus quand tu la liras ») et sur cette « mémoire fatiguée par les stupéfiants». Ce sont enfin mille et un détails sur sa vie mondaine, amicale, familiale, qui forment au fil des lettres le portrait kaléidoscopique de Marcel Proust. Au-delà de l’auteur, c’est en effet un Proust intime et multiple qui s’exprime à travers cette correspondance quotidienne : c’est l’ami, qui s’enquiert des siens avec une exubérante sollicitude, c’est le fils, qui partage avec sa mère ses tracas quotidiens et les incessants tourments que sa santé fragile lui inflige (« cela me fait tant de plaisir de me plaindre à toi »), c’est l’écrivain qui, soucieux de la promotion de son œuvre, nourrit d’abondants échanges avec ses éditeurs et avec la presse, c’est jusqu’au locataire, dont la relation tendue avec son propriétaire est le fruit d’un soin jaloux, pour ne pas dire maniaque, apporté à la préservation de son univers calfeutré. La sensibilité extrême de l’écrivain transparaît à chaque ligne, exacerbée par l’omniprésence de la maladie qui le confine dans sa chambre et dont on voit combien elle rythmait ses jours et occupait ses pensées et ses écrits. L’écriture « domestique » et quotidienne de Proust, si éloignée de la plume incomparable qui fut celle de l’auteur de La Recherche, porte un éclairage intime sur la personnalité de cet hypersensible mondain, qui se déclare « moins vaniteux que sensible ».

Catalogue de l'exposition

Article dans le magazine Littéraire

André Breton, d’un manifeste à l’autre

Musée des lettres et manuscrits (16 Septembre - 28 octobre 2009)

Le Musée des lettres et manuscrits propose une exposition-événement autour de la présentation inédite des deux manuscrits autographes d’André Breton, le Manifeste du surréalisme de 1924 et le Second Manifeste du surréalisme de 1929.

Si le premier Manifeste du surréalisme énonce les principes du mouvement artistique fondateur du vingtième siècle, le Second Manifeste du surréalisme, écrit cinq ans après, tire un bilan de cette période d’action.

Les documents rassemblés ici exposent les moyens artistiques employés et les réalisations du surréalisme entre les dates d'écriture des deux manifestes : 1924 et 1929.

Saint-Germain-des-Prés : L’écume des années Vian

Musée des lettres et manuscrits (16 Septembre - 28 octobre 2009)

Âge d’or de Saint-Germain-des-Prés, les années 1945-1952 voient surgir la plupart des talents et des idées qui marqueront les trente années à venir. Véritable creuset de la création en devenir, Saint-Germain-des-Prés s’impose alors comme le quartier à la mode. Après Montmartre puis Montparnasse qui connurent dans le passé leurs heures de gloire, Saint-Germain-des-Prés dans l’euphorie de la Libération s’enflamme au rythme des orchestres de jazz, du swing et des chansons à texte.

La jeunesse de l’époque retrouve et réinvente, après des années de privations, le goût de la fête dans les caves de Saint-Germain-des-Prés : le Tabou, la Rose Rouge, le Club Saint-Germain… autant de cabarets qui évoquent, selon Sartre lui-même, « une aventure extraordinaire », unique dans la vie culturelle française. Dans ce foisonnement d’idées philosophiques, littéraires, artistiques… apparaissent et s’imposent de nouveaux noms : Sartre, Beauvoir, Prévert, Queneau, Beckett, Audiberti, Isou, Pomerand, Hugnet, Gréco… Figures qui seront largement présentes dans le cadre de cette exposition, autour de celle de Boris Vian, dont on célèbre en 2009 le 50e anniversaire de la disparition, et qui domina durant toutes ces années les scènes de Saint-Germain-des-Prés.

Correspondances, manuscrits littéraires, textes de chansons, dessins, photographies, coupures de presse, pochettes de disques… témoignent de l’effervescence qui régna sur la rive gauche au cours de l’immédiat après-guerre et où se côtoyèrent les principaux courants artistiques et littéraires de l’époque.