Le Lac des cygnes plane toujours sur la danse classique

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Posté le 04 août 2015

Le Lac des cygnes, ballet en quatre actes composé entre 1875 et 1876 par Tchaïkovski, n’a pas fini de nous enchanter.

Le Lac des cygnes plane toujours sur la danse classique

Le Lac des cygnes : œuvre intemporelle

Sa célébrité est telle que même le plus profane d’entre nous est capable de siffloter son thème principal. Le Lac des cygnes, premier des trois grands ballets composés par Piotr Ilitch Tchaïkovski, est certainement le plus connu et le plus apprécié au monde.

Jouée encore dans tous les opéras et salles de spectacle, l’œuvre ensorcelle par sa simplicité apparente et sa mélodie entêtante.

L’argument en est facile, donc universel : le prince Siegfried doit choisir son épouse parmi une foule de prétendantes. Tandis que, mélancolique, il erre dans la forêt nocturne, il croise la route d’un cygne qui se transforme en une merveilleuse jeune femme. Suite à un sortilège lancé par le sorcier Rothbart, Odette est condamnée à être un cygne blanc le jour, et une humaine la nuit.

Lors du bal des prétendantes organisé le lendemain au château, Rothbart se présente avec sa fille Odile, portrait craché d’Odette. Siegfried se laisse abuser par la ressemblance et déclare sa flamme à Odile. Rothbart et la cruelle impétrante quittent les lieux, satisfaits de leur sale tour.

Le Lac des cygnes plane toujours sur la danse classique

Autant de fins qu’il y a d’appétits

À partir de là, les fins divergent selon les époques : la déclaration faite par Siegfried à Odile condamne Odette à la forme animale pour toute sa vie ; une tempête se lève qui engloutit à la fois Odette et le prince ; ou pire : Odette désespérée se noie dans les eaux du lac tandis que Siegfried se poignarde.

Après 1917 et la Révolution russe, l’heure est à l’optimisme : un combat acharné entre Rothbart et le prince offre à la victoire à ce dernier, et sa forme humaine à Odette. C’est cette ultime version que l’on voit le plus souvent mise en scène, en accord avec nos désirs de happy end.

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Des origines d’un chef-d’œuvre

Si l’on peut situer la composition de la partition du Lac des cygnes entre août 1875 et avril 1876, réalisée par Tchaïkovski en réponse à une commande du dramaturge Vladimir Begitchev pour le grand théâtre de Moscou, il est moins aisé de retracer les origines de l’histoire.

La paternité du livret est assez controversée. Élaboré par Begitchev et le danseur Vassili Guelster, sans doute à la demande de Tchaïkovski, l’argument tel qu’on le connaît a été publié sans nom d’auteur. Depuis, Le Lac des cygnes a été tant et si bien remanié et adapté que son histoire véritable se perd dans les affres de la création.

L’argument est le fruit d’une longue élaboration qui puise dans un faisceau de traditions populaires. L’œuvre subit des modifications régulières parce que le conte n’a pas de forme définitive : il est bâti sur une trame modulable capable de parler à tous les publics et à toutes les époques. C’est sans doute ce qui fait son grand succès encore aujourd’hui.

La légende veut toutefois que Tchaïkovski lui-même ait travaillé au livret. Les historiens et les psychanalystes (Michel Schneider en tête) rapprochent souvent le livret de sa vie personnelle, et notamment de son homosexualité refoulée. Le prince Siegfried incapable d’assouvir sa sexualité auprès d’Odette, qui se dérobe sans cesse, ce serait donc le compositeur lui-même.

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Une première désastreuse

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la première présentation du Lac des cygnes, au théâtre du Bolchoï de Moscou, le mars 1877, n’est pas un succès (lisez le récit qui en est fait ici). Les dessins d’époque laissent imaginer des décors médiocres. La direction musicale de Semen Riabov et la chorégraphie de Julius Reisinger sont mal accueillies. Bref, c’est un fiasco.

Il faut attendre la mort de Tchaïkovski et la reprise chorégraphique de Marius Petipa, en 1895, à Saint-Pétersbourg, pour que le Lac des cygnes démarre sa carrière de blockbuster des scènes de danse. Aidé de Lev Ivanov, Petipa réinvente l’esthétique de la pièce.

De leur côté, le chef d’orchestre Riccardo Drigo apporte des modifications à la partition et le frère de Tchaïkovski, Modeste, révise le livret.

Si les versions contemporaines tentent de plus en plus de retrouver l’œuvre d’origine voulue par Tchaïkovski, ce « drame dansé », il n’empêche que c’est la version de Petipa et Ivanov qui inscrit le Lac des cygnes dans le marbre des grands ballets historiques.

Le Lac des cygnes plane toujours sur la danse classique

Le langage des cygnes

Quelle est la raison du succès de ce ballet encore aujourd’hui ? Et pourquoi reste-il plus apprécié, et plus représenté, que les deux autres créations dansées de Tchaïkovski, Casse-Noisette (1891-1892) et La Belle au bois dormant (1888-1889) ?

  • Une musique universelle : si vous entendez une seule fois le thème principal de l’œuvre, celui dit « des cygnes », il vous reste éternellement ancré dans le cerveau. Cette oeuvre, comme toute la musique classique, n’a d’ailleurs jamais cessé d’inspirer les plus grandes partitions composées pour le cinéma.
  • Une composition parfaite : l’équilibre atteint entre les épisodes d’action et de danse pure, les pas d’ensemble, les divertissements dansés, le drame et le romantisme, est simplement indépassable.
  • Un double rôle principal exigeant : les rôles d’Odette et d’Odile, le cygne blanc et le cygne noir, sont traditionnellement joués par la même danseuse. Pas étonnant qu’il s’agisse d’une des incarnations les plus difficiles du répertoire. Sans parler du rôle de Siegfried qui, bien qu’en appui de la danseuse étoile, possède son lot de complexités.
  • Un sous-texte psychanalytique puissant, révélé dans toute sa splendeur par la version de Rudolf Noureev créée en 1984 pour l’Opéra de Paris. « Freudienne » en diable, sa version, celle d’une longue rêverie du prince Siegfried, est sans doute l’une des plus abouties.
  • Un fantasme toujours vivace : l’imaginaire collectif vibre encore pour le Lac des cygnes et sa mélodie exceptionnelle, ainsi qu’on l’a vu avec l’adaptation cinématographique réalisée par Darren Aronofsky en 2011, Black Swan. Preuve que l’œuvre de Tchaïkovski peut sans cesse être relue et réinventée pour s’adapter à un public moderne.

Désormais, vous savez tout sur le Lac des Cygnes ! Pour finir, redécouvrez la bande annonce de Black Swan :

 

Eric Nuevo

Eric Nuevo

Web-passionné et rédact-auteur, j'ai fait de l'écriture plus qu'un métier : un style de vie. Les mots sont mon moteur et les infos mon carburant. Mon objectif ? Vous conduire à travers la jungle du net.

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